Refus d’assurance : quand c’est une discrimination, et comment la faire constater

Partager
2011
année de création du Défenseur des droits, autorité indépendante inscrite dans la Constitution
Source
3928
numéro de la plateforme antidiscriminations.fr, joignable du lundi au vendredi
Source
0 €
coût de la saisine : le Défenseur des droits intervient gratuitement et sans avocat
Source
Kevin Grillot
Kevin Grillot
Conseiller en formation et produits d’assurance
Avec 8 ans d’expérience dans le secteur assurantiel, je guide les étudiants en BTS Assurance vers leur première alternance. Spécialisé en assurance-vie, retraite et recrutement, je décrypte les produits complexes et les opportunités carrière du secteur.

« Nous ne pouvons pas donner suite à votre demande. » Une ligne, aucun motif, et une porte qui se ferme — parfois la cinquième d’affilée. Quand le dossier ne diffère des autres que par une maladie mentionnée au questionnaire de santé ou par un handicap visible, la question vient d’elle-même : est-ce légal ?

La réponse tient dans une distinction que le droit trace nettement, mais que les lettres de refus n’expliquent jamais : différencier un risque est licite, discriminer ne l’est pas. Voici où passe la frontière, ce qui prouve son franchissement, et l’autorité gratuite qui peut le faire constater.

Différencier n'est pas discriminer

L’assurance repose sur une inégalité de traitement assumée : le conducteur novice paie plus cher que le conducteur expérimenté, le fumeur plus que le non-fumeur, le bâtiment ancien plus que le neuf. Sans cette différenciation, la mutualisation ne fonctionnerait pas.

Le droit l’admet donc, à trois conditions cumulatives. La différence de traitement doit poursuivre un objectif légitime — apprécier un risque —, reposer sur des éléments objectifs et vérifiables — des données actuarielles ou médicales, pas une impression —, et rester proportionnée au risque réellement encouru.

La discrimination commence lorsque l’une de ces conditions manque. Trois configurations reviennent :

  • Le refus automatique, appliqué à une catégorie entière sans examen individuel du dossier.
  • L’absence de lien entre le critère retenu et le risque garanti : une pathologie sans incidence sur la garantie sollicitée, par exemple.
  • Le critère prohibé pur et simple, comme le sexe, écarté de la tarification depuis 2012 pour les contrats concernés.

Un point de vocabulaire utile : une surprime élevée n’est pas, en soi, un indice de discrimination. Une absence de motivation, en revanche, en est souvent un — parce qu’un assureur qui s’appuie réellement sur des données objectives est en mesure de les invoquer.

Cinq situations, cinq portes différentes

Avant de saisir qui que ce soit, identifiez la nature exacte de votre problème : c’est ce qui détermine l’autorité compétente, et une erreur d’aiguillage coûte des mois.

SituationQualification probableOù s’adresser
Surprime fondée sur un questionnaire de santé et des données actuariellesDifférenciation licite du risqueNégociation, courtier spécialisé, convention AERAS
Refus opposé au seul motif d’un handicap, sans examen du risque réelDiscrimination possibleDéfenseur des droits
Refus d’une garantie obligatoire, quel qu’en soit le motifQuestion d’accès, non de discriminationBureau central de tarification
Tarification différente selon le sexeInterdite depuis 2012 pour les contrats concernésDéfenseur des droits, ACPR
Désaccord sur l’application d’une clause d’un contrat existantLitige contractuelRéclamation puis médiateur de l’assurance

La troisième ligne est celle qu’il faut retenir en priorité. Pour une assurance obligatoire — responsabilité civile automobile, assurance du locataire, décennale —, la question de la discrimination est presque toujours un détour inutile : le Bureau central de tarification impose directement à l’assureur de votre choix de vous couvrir, sans avoir à qualifier le motif du refus. C’est plus rapide, et l’issue est plus certaine.

Constituer la preuve avant de saisir

Le droit de la non-discrimination réserve une règle favorable au demandeur : il suffit de présenter des éléments laissant supposer l’existence d’une discrimination, à charge ensuite pour le professionnel de démontrer que sa décision repose sur des raisons objectives étrangères à toute discrimination.

Encore faut-il produire ces premiers éléments. Quatre pièces les constituent :

  • Le refus écrit. Demandez-le systématiquement, par courriel ou par recommandé : « Je vous remercie de me confirmer par écrit votre refus et son motif. » Un refus non motivé est, en soi, un élément.
  • Les échanges antérieurs. Devis en ligne acceptés puis rétractés après le questionnaire de santé, messages, comptes rendus d’entretien : la chronologie est souvent plus parlante que le refus final.
  • Le questionnaire rempli, dans sa version transmise, avec les documents médicaux fournis.
  • Un élément de comparaison, quand il existe : un proche au profil équivalent accepté par le même assureur, ou une acceptation obtenue ailleurs sur le même dossier médical.

Un mot sur les données de santé : elles bénéficient d’une protection renforcée. Un assureur ne peut collecter que les informations nécessaires à l’appréciation du risque proposé. Un questionnaire manifestement disproportionné au regard de la garantie sollicitée est en soi contestable.

Saisir le Défenseur des droits

Créée en 2011 et inscrite dans la Constitution, cette autorité indépendante traite notamment les discriminations dans l’accès à un bien ou à un service, qu’il soit public ou privé. L’assurance entre pleinement dans ce champ.

La saisine est gratuite, sans avocat, et se fait par plusieurs canaux :

  • La plateforme antidiscriminations.fr, avec un chat et des juristes.
  • Le 3928, du lundi au vendredi.
  • Un délégué territorial, présent dans chaque département, souvent en maison France Services : c’est le canal le plus efficace pour un dossier documenté, parce que l’échange est direct.
  • Le courrier, en franchise postale.

Ses pouvoirs sont réels, même s’ils ne sont pas juridictionnels : demander des explications à l’organisme, procéder à des vérifications sur place, proposer un règlement amiable, formuler des recommandations publiques, proposer une transaction, et présenter des observations devant le juge — une intervention qui pèse lourd dans un contentieux.

Ce qu’il ne fait pas : il ne vous indemnise pas, et il n’oblige pas l’assureur à contracter. Sa force est ailleurs : peu d’organismes tiennent une position non motivée face à une demande d’explication écrite d’une autorité constitutionnelle.

Les autres voies, souvent plus rapides

L’assurance emprunteur a son propre dispositif. La convention AERAS organise un examen à plusieurs niveaux pour les personnes présentant un risque aggravé de santé, avec un droit à l’oubli pour certaines pathologies et une commission de médiation dédiée. C’est la première porte à pousser pour un refus lié à un prêt : nos explications sur la convention AERAS détaillent le mécanisme.

Le courtage spécialisé fait souvent mieux qu’un recours. Sur les risques aggravés — pathologie chronique, profession exposée, antécédents lourds —, certains courtiers travaillent avec des assureurs qui acceptent ces dossiers moyennant des conditions particulières. Trois refus de sociétés généralistes ne signifient pas que le marché entier est fermé.

L’ACPR pour la pratique, pas pour votre dossier. Si le refus paraît relever d’une politique systématique de l’organisme, un signalement contribue au contrôle des pratiques commerciales — sans espérer d’effet sur votre situation individuelle.

Ce qu’il faut retenir. Exigez toujours un refus écrit et motivé : c’est la pièce qui change tout, et son absence est déjà un indice. S’il s’agit d’une assurance obligatoire, allez au Bureau central de tarification. S’il s’agit d’un prêt, passez par la convention AERAS. Et si le refus repose visiblement sur un critère prohibé sans justification, la saisine du Défenseur des droits ne coûte rien — sinon le temps de réunir quatre pièces.

Questions fréquentes

Un assureur a-t-il le droit de refuser un client ?

Oui, hors garanties obligatoires. La liberté contractuelle lui permet de ne pas couvrir un risque qu'il estime ne pas pouvoir tarifer. Cette liberté s'arrête lorsque le refus repose sur un critère prohibé par la loi sans justification objective, proportionnée et vérifiable.

Une surprime liée à l'état de santé est-elle discriminatoire ?

Pas en elle-même. La tarification du risque est le principe même de l'assurance, et l'état de santé constitue une donnée de risque objective lorsqu'elle est appréciée à partir d'éléments médicaux réels. Ce qui pose problème, c'est le refus ou la majoration appliqués de façon automatique, sans examen individuel, ou sans lien démontrable avec le risque garanti.

Le sexe peut-il influencer un tarif d'assurance ?

Non pour les contrats concernés par la règle d'égalité de traitement, en vigueur depuis 2012 à la suite de la jurisprudence européenne. Une différence de prime fondée sur le seul sexe de l'assuré est aujourd'hui prohibée.

Comment saisir le Défenseur des droits ?

Gratuitement et sans avocat : par la plateforme antidiscriminations.fr, par téléphone au 3928, par courrier, ou en rencontrant un délégué territorial — il en existe dans chaque département, notamment en maison France Services.

Que peut faire le Défenseur des droits ?

Demander des explications à l'organisme, procéder à des vérifications, proposer un règlement amiable, formuler des recommandations, proposer une transaction et, le cas échéant, présenter des observations devant le juge. Il ne prononce pas d'indemnisation lui-même, mais ses observations pèsent lourd dans une procédure.

Quelles preuves réunir ?

Le refus écrit et son motif, ou la preuve que l'assureur a refusé de motiver ; les échanges antérieurs ; les éléments montrant que d'autres profils comparables ont été acceptés ; et le questionnaire ou les documents remplis. En droit de la non-discrimination, il suffit de présenter des éléments laissant supposer l'existence d'une discrimination : c'est ensuite au professionnel de prouver que sa décision repose sur des raisons objectives.

Et si c'est une assurance obligatoire ?

La question change de nature : ce n'est plus une affaire de discrimination mais d'accès. Le Bureau central de tarification peut imposer à l'assureur de votre choix de vous couvrir et fixe la prime. C'est une voie plus rapide et plus certaine.

Et pour un prêt immobilier ?

La convention AERAS organise l'accès à l'assurance emprunteur en cas de risque aggravé de santé, avec un examen à plusieurs niveaux et un dispositif de droit à l'oubli pour certaines pathologies. Elle dispose de sa propre commission de médiation, à saisir avant toute autre démarche.

Sources & références

  1. Défenseur des droitsDéfenseur des droits
  2. Plateforme antidiscriminations.frDéfenseur des droits
  3. Le recours au Défenseur des droitsLa finance pour tous
  4. Le Bureau central de tarificationBCT

La frontière entre différenciation licite du risque et discrimination prohibée s’apprécie au cas par cas. Un refus n’est pas illicite parce qu’il est douloureux : il l’est lorsqu’il repose sur un critère prohibé sans justification objective, proportionnée et vérifiable.

🧭 Prochaine étape

⚠️ Information réglementaire. Ce contenu est publié à titre purement informatif et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni une incitation à investir. Investir comporte un risque de perte en capital et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Consultez un conseiller en investissement financier (CIF) agréé avant toute décision.
🔗 Transparence. Cette page peut contenir des liens affiliés : un achat effectué via ces liens peut nous rémunérer, sans coût supplémentaire pour vous. Cela n’influence pas notre analyse.

🎯 Testez vos connaissances : Culture générale assurance

🎯 Mini-quiz
Photo de Kevin Grillot
Rédigé & vérifié par

Kevin Grillot

Diplômé BTS Assurance Fondateur aidebtsassurance.com Actif depuis 2019

Diplômé du BTS Assurance au lycée Nicolas Ledoux de Besançon, j'aide les étudiants à réviser et réussir leurs examens depuis 2019. Ce site regroupe tous mes cours, fiches et outils pour préparer le BTS Assurance.

Voir mon parcours complet
🎁 Quiz auto offerts

Ne confondez plus jamais bonus, malus et franchise

Coefficient de réduction-majoration, franchises, garanties auto : inscrivez-vous et recevez 1 quiz par jour, dont Bonus-malus, Assurance automobile et Franchises & garanties.

Rejoins +10 000 étudiants

★★★★★ 4,9/5 d’avis Google · +10 000 étudiants · Quiz très pertinents qui me permettent d’avoir un programme plus élargi. N Ross

Je reçois mes quiz auto 👇


Réseaux Sociaux

Des révisions dans ton feed 📱

Abonne-toi pour ne rater aucune astuce et réviser tes cours directement sur ton téléphone.

@aide_bts_assurance

Rappels de cours, méthodes et conseils de révision à retrouver sur Instagram.