État de catastrophe naturelle : qui décide, qui paie, et vos 30 jours pour agir

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20 %
taux de la surprime catastrophes naturelles sur les contrats habitation depuis le 1er janvier 2025, contre 12 % auparavant
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1 520 €
franchise légale pour les dommages liés aux mouvements de terrain consécutifs à la sécheresse
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30 jours
pour déclarer votre sinistre après la publication de l’arrêté au Journal officiel
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Kevin Grillot
Kevin Grillot
Conseiller en formation et produits d’assurance
Avec 8 ans d’expérience dans le secteur assurantiel, je guide les étudiants en BTS Assurance vers leur première alternance. Spécialisé en assurance-vie, retraite et recrutement, je décrypte les produits complexes et les opportunités carrière du secteur.

L’eau est redescendue, le sol a séché, et il faut maintenant remplir des papiers. C’est le moment où beaucoup de sinistrés commettent la même erreur : attendre. Attendre que la commune fasse sa demande, que l’arrêté sorte, que quelqu’un explique quoi faire — et laisser filer un délai de trente jours qui, lui, ne se rattrape pas.

Le régime français d’indemnisation des catastrophes naturelles est une singularité mondiale : une garantie obligatoire, des franchises fixées par la loi, et une réassurance publique en dernier ressort. Encore faut-il savoir qui décide de quoi, et à quel moment votre horloge personnelle démarre.

Une garantie que vous payez déjà, sans l'avoir choisie

Depuis la loi du 13 juillet 1982, tout contrat garantissant des dommages aux biens comporte obligatoirement la garantie catastrophes naturelles. Elle n’est ni une option, ni une extension : elle est adossée d’office à votre multirisque habitation, à votre contrat auto tous risques, à votre contrat professionnel.

Son financement passe par une surprime légale, calculée en pourcentage des cotisations dommages. Ce taux, longtemps fixé à 12 %, a été porté à 20 % au 1er janvier 2025 pour absorber la dégradation de la sinistralité climatique. Autrement dit : la ligne « cat nat » de votre échéance a augmenté d’un tiers en un an, indépendamment de toute renégociation.

Le circuit est le suivant : les assureurs collectent la surprime, se réassurent auprès de la Caisse centrale de réassurance, laquelle bénéficie de la garantie de l’État en cas d’événement dépassant ses capacités. C’est cet étage public qui permet au régime d’absorber des épisodes que le marché privé, seul, ne pourrait pas tarifer.

Conséquence pratique : les franchises et les conditions ne varient pas d’un assureur à l’autre. Comparer les contrats sur ce point n’a aucun sens — ils sont identiques par construction.

L'arrêté : la clé qui ouvre la garantie

Rien ne se déclenche sans arrêté interministériel. C’est lui qui reconnaît « l’intensité anormale d’un agent naturel » pour des communes et des périodes déterminées, et sa publication au Journal officiel fait courir tous les délais.

ÉtapeQui agitDélai
Demande de reconnaissanceLa commune, auprès de la préfectureDans les 24 mois suivant l’événement
Arrêté interministérielL’État, publication au Journal officielVariable : de quelques semaines à plus d’un an
Déclaration de sinistreVous, auprès de votre assureur30 jours après la publication de l’arrêté
Provision sur indemnitéL’assureur2 mois après remise de l’état estimatif ou publication de l’arrêté
Indemnisation totaleL’assureur3 mois

Deux points méritent attention.

La demande appartient à la commune. Un particulier ne peut pas la déposer. Si votre mairie tarde ou hésite, signalez-vous : le nombre de dossiers remontés pèse dans la décision, et la commune dispose de vingt-quatre mois après l’événement pour agir.

L’arrêté est délimité. Il vise des communes nommément désignées et une fenêtre temporelle précise. Une maison située à cent mètres de la limite communale, ou touchée quinze jours avant la période retenue, sort du dispositif. Dans ce cas, l’examen se déplace vers les garanties ordinaires du contrat — tempête, dégât des eaux — qui, elles, n’exigent aucun arrêté.

Vos trente jours, et ce qu'il faut faire avant

Le délai de déclaration est de trente jours à compter de la publication de l’arrêté, et non à compter du sinistre. C’est une bonne nouvelle : elle laisse le temps de constituer un dossier sérieux. C’est aussi un piège, car l’arrêté peut paraître des mois après l’événement, quand la mobilisation est retombée.

Ce qu’il faut faire immédiatement, sans attendre quoi que ce soit :

  • Déclarer le sinistre à votre assureur en indiquant que vous solliciterez la garantie catastrophes naturelles si un arrêté intervient. Cette déclaration préventive ne coûte rien et fait constater les dommages à chaud.
  • Photographier tout, avant tout nettoyage : vues d’ensemble, détails, niveau atteint par l’eau, fissures avec un objet servant d’échelle. Datez les fichiers.
  • Conserver les biens endommagés autant que possible, ou à défaut les photographier avant évacuation.
  • Rassembler les justificatifs de valeur : factures, tickets, relevés bancaires, photos antérieures montrant les biens en état.
  • Chiffrer par un état estimatif, pièce par pièce. C’est ce document qui déclenche le délai de provision de deux mois.

Les mesures conservatoires urgentes — bâcher une toiture, assécher, sécuriser — doivent être engagées sans attendre l’expert : ne pas le faire peut être reproché au titre de l’aggravation du dommage. Conservez les factures, elles sont indemnisables.

Les franchises légales, et ce qu'elles laissent à votre charge

C’est le point qui surprend le plus les sinistrés : la franchise n’est pas celle de votre contrat, et vous ne pouvez rien y faire.

  • 380 € pour les biens à usage d’habitation ou à usage non professionnel.
  • 1 520 € lorsque les dommages résultent d’un mouvement de terrain différentiel consécutif à la sécheresse et à la réhydratation des sols — le cas des fissures.

Ces montants sont fixés par la loi, identiques chez tous les assureurs, et ne peuvent être ni négociés ni rachetés par une surprime. Une clause de votre contrat qui prétendrait les supprimer serait sans effet. Depuis le 4 juillet 2025, la modulation de franchise applicable aux communes dépourvues de plan de prévention des risques ne concerne plus les particuliers : elle est réservée aux collectivités.

Sur un dossier de fissures, l’écart entre les deux franchises représente à lui seul plus de 1 100 euros. C’est aussi pourquoi la qualification retenue par l’expert — sécheresse ou autre mouvement de terrain — mérite d’être discutée, et non subie. Notre guide des types de franchises détaille les mécanismes applicables hors régime catastrophes naturelles.

Refus, sous-évaluation : vos recours

Trois désaccords reviennent régulièrement, et chacun a sa réponse.

La commune n’est pas dans l’arrêté. Ce n’est pas votre assureur qu’il faut convaincre, mais la mairie, à qui il revient de déposer ou de renouveler la demande. En parallèle, faites examiner le sinistre au titre des garanties ordinaires du contrat.

Le lien de causalité est contesté. C’est le débat central en matière de sécheresse : la fissuration est-elle imputable au retrait-gonflement des argiles, ou à un défaut de construction antérieur ? Une contre-expertise, à vos frais mais souvent prise en charge par la garantie protection juridique de votre contrat, est le seul moyen d’opposer une analyse technique à celle de l’expert mandaté.

L’indemnité paraît sous-évaluée. Vérifiez d’abord la règle appliquée — valeur à neuf ou valeur d’usage avec vétusté — puis contestez poste par poste, devis à l’appui. Le passage par la réclamation écrite, puis par le médiateur, suit ensuite le chemin décrit dans notre guide des recours contre un assureur.

Ce qu’il faut retenir. Déclarez tout de suite, photographiez avant de nettoyer, et surveillez la publication de l’arrêté : c’est elle, et non le sinistre, qui déclenche vos trente jours. Les franchises de 380 et 1 520 euros s’imposent à tout le monde — inutile de les négocier. En revanche, la qualification technique du dommage, elle, se discute, et c’est souvent là que se joue l’essentiel du dossier.

Questions fréquentes

Qui déclare l'état de catastrophe naturelle ?

L'État, par un arrêté interministériel publié au Journal officiel, après instruction d'une demande déposée par la commune auprès de la préfecture. Ni l'assureur, ni le maire, ni le préfet ne peuvent reconnaître seuls l'état de catastrophe naturelle : sans arrêté, la garantie ne joue pas.

Dois-je attendre l'arrêté pour déclarer mon sinistre ?

Non, et il vaut mieux ne pas attendre. Déclarez immédiatement à votre assureur, en précisant que vous demanderez le bénéfice de la garantie catastrophes naturelles si un arrêté intervient. Cela permet de faire constater les dommages à chaud, ce qui pèse lourd lors de l'expertise. Le délai de 30 jours court, lui, à compter de la publication de l'arrêté.

Quelle est la franchise en cas de catastrophe naturelle ?

380 € pour les biens à usage d'habitation ou non professionnel, et 1 520 € lorsque les dommages résultent d'un mouvement de terrain différentiel consécutif à la sécheresse et à la réhydratation des sols. Ces montants sont fixés par la loi, identiques chez tous les assureurs, et ne peuvent pas être rachetés.

La garantie catastrophes naturelles est-elle optionnelle ?

Non. Depuis la loi du 13 juillet 1982, elle est obligatoirement adossée à tout contrat garantissant des dommages aux biens. Vous ne pouvez ni la refuser, ni l'ajouter séparément : si vous êtes assuré en multirisque habitation, vous en bénéficiez, et vous la financez par une surprime légale portée à 20 % au 1er janvier 2025.

Que couvre exactement la garantie ?

Les dommages matériels directs causés aux biens assurés par l'intensité anormale d'un agent naturel : inondation, coulée de boue, sécheresse, mouvement de terrain, avalanche, séisme, submersion marine. Les dommages relevant d'un aléa ordinaire — une tempête classique, par exemple — restent couverts par la garantie tempête du contrat, sans arrêté ni franchise légale.

Quels sont les délais de paiement de l'assureur ?

Pour les sinistres relevant du régime réformé, l'assureur doit verser une provision sur les indemnités dans les deux mois suivant la remise de l'état estimatif des dommages ou la publication de l'arrêté, et procéder à l'indemnisation totale dans les trois mois.

Que faire si ma commune n'est pas reconnue ?

L'arrêté vise des communes et des périodes précises. Si la vôtre n'y figure pas, signalez-le en mairie : une nouvelle demande peut être déposée, la commune disposant de vingt-quatre mois après l'événement. En parallèle, vérifiez si une autre garantie de votre contrat peut jouer, tempête ou dégât des eaux notamment.

Le régime est-il menacé par le changement climatique ?

Il est sous tension. La multiplication des épisodes de sécheresse et d'inondation a conduit à relever la surprime de 12 % à 20 % en 2025, et la modulation des franchises a été recentrée sur les collectivités. Le mécanisme repose sur une réassurance publique, qui reste le point d'équilibre du dispositif.

Sources & références

  1. Catastrophe naturelle : comment fonctionnent les indemnisations ?Ministère de l'Économie
  2. L'assurance des catastrophes naturellesFrance Assureurs
  3. Catastrophe naturelle : indemnisation et franchiseSelectra

La garantie catastrophes naturelles ne joue que si un arrêté interministériel reconnaît l’état de catastrophe naturelle pour votre commune et pour la période concernée. Sans arrêté, les dommages relèvent des garanties ordinaires du contrat — tempête, dégât des eaux — ou de rien du tout.

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Rédigé & vérifié par

Kevin Grillot

Diplômé BTS Assurance Fondateur aidebtsassurance.com Actif depuis 2019

Diplômé du BTS Assurance au lycée Nicolas Ledoux de Besançon, j'aide les étudiants à réviser et réussir leurs examens depuis 2019. Ce site regroupe tous mes cours, fiches et outils pour préparer le BTS Assurance.

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