Au moment de récupérer l’argent d’une assurance vie, deux voies s’offrent au souscripteur : retirer tout ou partie du capital, ou le transformer en revenu versé jusqu’à la fin de sa vie. Cette seconde option s’appelle la sortie en rente. Elle est moins connue que le rachat, souvent mal comprise, et c’est l’une des questions les plus ratées de notre quiz sur l’assurance vie. Voici comment elle fonctionne, comment se calcule la rente, ce qu’elle coûte en impôt et dans quels cas elle a du sens.
Sortie en rente : de quoi parle-t-on exactement ?
La sortie en rente consiste à convertir le capital accumulé sur le contrat en une rente viagère, c’est-à-dire un revenu versé à intervalles réguliers (chaque mois, chaque trimestre ou chaque année) tant que l’assuré est en vie. Le capital n’est plus disponible : il est cédé à l’assureur, qui s’engage en contrepartie à payer la rente jusqu’au décès.
C’est ce qu’on appelle en droit une rente viagère constituée à titre onéreux : la rente est la contrepartie d’un capital versé. L’administration fiscale range d’ailleurs expressément dans cette catégorie les rentes constituées auprès d’une compagnie d’assurance en échange d’un capital, comme le précise la doctrine fiscale sur les rentes viagères.
Trois idées sont à retenir dès le départ :
- La sortie en rente est en principe définitive. Une fois la conversion faite, on ne peut plus récupérer le capital, ni faire de rachat.
- La rente est viagère. Elle s’arrête au décès du bénéficiaire, sauf option prévue pour la prolonger (réversion, annuités garanties).
- Elle est facultative. Dans une assurance vie classique, rien n’oblige à sortir en rente : le souscripteur peut toujours préférer un rachat total ou partiel, en une fois ou échelonné.
Il ne faut pas confondre la sortie en rente d’une assurance vie avec la rente d’un plan d’épargne retraite. Dans un PER, la sortie en rente est la voie naturelle et la fiscalité est celle des pensions de retraite, avec un abattement de 10 %. Si le sujet vous concerne, notre guide sur le fonctionnement du plan d’épargne retraite détaille ces règles. Ici, on parle uniquement de l’assurance vie.
Pour un étudiant en BTS Assurance, la notion à maîtriser est la différence entre trois formes de rente :
| Type de rente | Durée de versement | Ce qui se passe au décès |
|---|---|---|
| Rente viagère simple | Jusqu’au décès de l’assuré | Les versements s’arrêtent, le capital reste acquis à l’assureur |
| Rente viagère avec réversion | Jusqu’au décès de l’assuré, puis du bénéficiaire désigné | La rente continue, en tout ou partie, au profit du réversataire |
| Rente temporaire | Pendant une durée fixée à l’avance | Selon le contrat, les versements cessent ou reviennent aux bénéficiaires |
Comment est calculé le montant de la rente
Le montant de la rente dépend d’une opération simple en apparence : le capital converti multiplié par un taux de conversion. Si le taux est de 4 %, un capital de 100 000 € donne une rente brute de 4 000 € par an, soit environ 333 € par mois. Tout l’enjeu est donc dans ce taux, qui n’est pas choisi librement par l’assureur au jour le jour.
Les trois paramètres du taux de conversion
- L’âge de l’assuré au moment de la conversion. Plus on convertit tard, plus l’espérance de vie restante est courte, et plus la rente annuelle est élevée pour un même capital.
- Les tables de mortalité. Les assureurs utilisent des tables réglementaires qui estiment la durée de vie par génération (les tables dites TGH05 et TGF05, pour les hommes et les femmes). Elles intègrent l’allongement de l’espérance de vie : une personne née plus tard est supposée vivre plus longtemps.
- Le taux technique. C’est le rendement minimal que l’assureur anticipe sur le capital pendant toute la durée de la rente. Il est encadré par la réglementation. Un taux technique élevé augmente la rente de départ mais réduit en général les revalorisations futures.
À ces paramètres s’ajoutent les frais d’arrérages, prélevés par l’assureur sur chaque versement, et le coût des options choisies : une réversion ou des annuités garanties diminuent mécaniquement la rente, puisque l’assureur s’engage plus longtemps.
Des ordres de grandeur
Les taux de conversion varient d’un contrat à l’autre, mais on peut retenir un ordre de grandeur : pour une conversion autour de 65 à 70 ans, sans option, ils se situent généralement entre 3 et 5 % par an. Avec une réversion à 100 % au profit d’un conjoint plus jeune, ils peuvent descendre nettement en dessous. Seule la proposition chiffrée de l’assureur fait foi : elle doit préciser le montant de la rente, sa périodicité, les options et les conditions de revalorisation.
Un point souvent oublié : il faut vivre longtemps pour « récupérer » son capital. Avec un taux de 4 %, il faut environ 25 ans de versements pour que la somme des rentes brutes égale le capital converti, hors revalorisation. C’est ce qui rend la sortie en rente intéressante pour un assuré qui s’attend à vivre longtemps, et peu adaptée dans le cas contraire.
Un exemple chiffré
Prenons Claire, 68 ans, qui dispose de 120 000 € sur un contrat d’assurance vie ouvert il y a quinze ans. Son assureur lui propose trois options :
- Rente viagère simple au taux de 4,2 % : 5 040 € par an, soit 420 € par mois ;
- Rente avec annuités garanties 15 ans au taux de 3,9 % : 4 680 € par an ;
- Rente avec réversion à 60 % au profit de son conjoint de 70 ans, au taux de 3,6 % : 4 320 € par an, puis 2 592 € par an pour le conjoint s’il lui survit.
Ces taux sont des hypothèses d’illustration. L’écart entre les formules montre le prix de la protection des proches : environ 700 € de rente en moins chaque année pour garantir que le conjoint continue de percevoir un revenu. Le bon choix dépend de la situation du couple, pas du seul montant affiché.
Réversion, annuités garanties : les options de la rente
La rente viagère simple s’arrête au décès. Pour éviter que le capital ne soit « perdu » pour les proches en cas de décès rapide, les contrats proposent plusieurs options, à choisir au moment de la conversion. Une fois la rente en cours de versement, il n’est en général plus possible de les modifier.
La réversion
Avec l’option de réversion, la rente continue d’être versée après le décès de l’assuré à une personne désignée, le plus souvent le conjoint. Le taux de réversion peut être total (100 %) ou partiel (60 % par exemple). Plus le taux est élevé et plus le réversataire est jeune, plus la rente de départ est réduite. Sur le plan fiscal, une rente établie sur plusieurs têtes reste une rente à titre onéreux, et le même régime s’applique successivement à chaque bénéficiaire.
Les annuités garanties
Cette option garantit un nombre minimal d’années de versement, par exemple 10 ou 15 ans. Si l’assuré décède avant la fin de cette période, les rentes restantes sont versées aux bénéficiaires désignés. Au-delà, si l’assuré est toujours en vie, la rente continue normalement jusqu’à son décès. C’est une protection contre le scénario du décès prématuré, au prix d’une rente un peu plus faible.
Les autres options
- La rente par paliers : un montant plus élevé les premières années, puis réduit (ou l’inverse), pour coller à l’évolution des besoins.
- La rente majorée en cas de dépendance : certains contrats augmentent la rente si l’assuré perd son autonomie, un risque que nous détaillons dans nos cours de prévoyance.
- La revalorisation : sur les contrats en euros, la rente peut être revalorisée chaque année grâce à la participation aux bénéfices. Ce n’est pas automatique : il faut vérifier la clause du contrat.
Ces options interagissent avec la clause bénéficiaire du contrat : tant que le capital n’est pas converti, c’est elle qui organise la transmission. Après la conversion, seules les options de la rente (réversion, annuités garanties) permettent de faire bénéficier un proche des sommes restantes.
La fiscalité de la rente viagère issue d’une assurance vie
C’est souvent l’argument décisif. Une rente viagère issue d’une assurance vie n’est pas imposée comme une pension de retraite, mais selon le régime des rentes viagères à titre onéreux. Seule une partie de la rente est soumise à l’impôt sur le revenu, et cette partie dépend de l’âge du bénéficiaire au moment du premier versement. Elle reste ensuite fixe pendant toute la durée de la rente.
| Âge au 1er versement de la rente | Part de la rente soumise à l’impôt | Sur une rente de 2 000 € par an |
|---|---|---|
| Moins de 50 ans | 70 % | 1 400 € à déclarer |
| De 50 à 59 ans | 50 % | 1 000 € à déclarer |
| De 60 à 69 ans | 40 % | 800 € à déclarer |
| Plus de 69 ans | 30 % | 600 € à déclarer |
Ce barème est celui de l’article 158 du code général des impôts, repris par la fiche officielle « Déclarer les rentes viagères » de Service-public. Concrètement, le bénéficiaire déclare le montant brut perçu, et l’administration calcule elle-même la part imposable. Contrairement aux pensions de retraite et aux rentes de PER, il n’y a pas d’abattement de 10 % sur cette part.
À l’impôt sur le revenu s’ajoutent les prélèvements sociaux, dus sur la même fraction imposable. Les rentes viagères à titre onéreux figurent dans la liste des revenus du patrimoine qui y sont soumis. Pour les revenus de 2026, le taux général des prélèvements sociaux passe à 18,6 %, mais l’assurance vie conserve un taux de 17,2 %, selon la fiche Service-public sur les prélèvements sociaux. Le taux effectivement appliqué à votre rente figure sur le relevé de l’assureur : c’est lui qu’il faut vérifier.
Reprenons l’exemple de Claire, qui perçoit une rente simple de 5 040 € par an à partir de 68 ans. La part imposable est de 40 %, soit 2 016 € à ajouter à ses revenus. Si elle est imposée dans la tranche à 11 %, l’impôt sur le revenu lié à la rente est d’environ 222 €. Les prélèvements sociaux au taux de 17,2 % représentent environ 347 €. Au total, la rente lui coûte un peu moins de 570 € par an, et elle conserve environ 4 470 € nets.
Pourquoi cette fiscalité est-elle avantageuse ? Parce qu’une partie de chaque versement est considérée comme un remboursement du capital, qui n’est pas un revenu. Plus on commence tard, plus cette part non imposée est importante. À partir de 70 ans, 70 % de la rente échappe à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux.
La rente obéit ainsi à une logique différente de celle du rachat, où seuls les gains sont imposés, avec un abattement annuel après huit ans de contrat. Les règles du rachat sont expliquées dans notre cours sur la fiscalité de l’assurance vie. Quant aux gains accumulés sur le contrat au jour de la conversion, leur traitement fiscal et social à ce moment précis dépend de la composition du contrat (fonds en euros ou unités de compte) : demandez à votre assureur un chiffrage écrit avant de signer.
Capital ou rente : comment choisir
Il n’y a pas de bonne réponse universelle. La sortie en rente est un choix d’assurance autant que d’épargne : on accepte de renoncer à son capital en échange de la garantie d’un revenu à vie, quelle que soit sa longévité. Quelques critères permettent d’y voir clair.
| Critère | Sortie en capital (rachat) | Sortie en rente viagère |
|---|---|---|
| Disponibilité de l’argent | Totale, à tout moment | Aucune : le capital est cédé à l’assureur |
| Revenu garanti à vie | Non, le capital peut s’épuiser | Oui, jusqu’au décès |
| Transmission aux proches | Le capital restant est transmis selon la clause bénéficiaire | Seulement via la réversion ou les annuités garanties |
| Fiscalité | Impôt sur les seuls gains, avec abattement après 8 ans | Impôt sur 30 à 70 % de la rente selon l’âge au 1er versement |
| Profil adapté | Besoin de liquidités, projet, transmission | Longévité attendue, besoin de revenu régulier |
Les situations où la rente a du sens
- Vous voulez un complément de retraite régulier sans avoir à gérer vous-même vos retraits.
- Vous craignez de vivre plus longtemps que votre épargne : la rente protège contre ce risque de longévité.
- La transmission n’est pas votre priorité, ou elle est déjà organisée par ailleurs.
Les situations où il vaut mieux garder le capital
- Vous pourriez avoir besoin d’une somme importante (travaux, aide à un enfant, entrée en établissement).
- Votre état de santé laisse penser que la rente serait versée peu longtemps.
- Vous souhaitez transmettre votre épargne dans le cadre avantageux de l’assurance vie au décès.
Une solution intermédiaire existe : les rachats partiels programmés. Ils procurent un revenu régulier tout en laissant le capital disponible et transmissible, au prix de l’absence de garantie viagère. Ils peuvent se combiner : une partie du contrat convertie en rente, le reste conservé en capital.
Avant toute décision, demandez à l’assureur une simulation écrite comparant plusieurs scénarios (rente simple, avec réversion, avec annuités garanties), et comparez le montant obtenu à ce que produiraient des rachats programmés. Pour réviser l’ensemble des règles, notre quiz sur l’assurance vie reprend les points qui tombent le plus souvent à l’examen.
Ce qu’il faut retenir. La sortie en rente transforme le capital d’une assurance vie en revenu versé à vie. Elle est définitive, son montant dépend de l’âge, des tables de mortalité, du taux technique et des options choisies, et seule une part de la rente est imposée : de 70 % avant 50 ans à 30 % après 69 ans. C’est une assurance contre le risque de vivre longtemps, pas un placement : à réserver aux épargnants qui veulent un revenu garanti et n’ont pas besoin de leur capital.