Vous sortez d’une chimiothérapie, d’une dépression, d’une opération du dos ou d’un burn-out. Reprendre à plein temps dès lundi paraît irréaliste, mais rester en arrêt ne se justifie plus vraiment : un arrêt de travail est un traitement, et il cesse d’avoir un sens quand l’état de santé ne progresse plus. Entre les deux existe une passerelle, le temps partiel thérapeutique, que tout le monde appelle encore mi-temps thérapeutique.
Le principe est simple. L’exécution l’est beaucoup moins : il faut l’accord de plusieurs personnes qui ne se parlent pas toujours, les indemnités sont plafonnées de deux façons, et beaucoup de salariés découvrent trop tard que leur prévoyance ne verse rien pendant la reprise.
Une reprise progressive, pas forcément un mi-temps
Le temps partiel thérapeutique permet de reprendre une activité réduite pour motif médical, tout en percevant des indemnités journalières de l’Assurance Maladie qui compensent une partie des heures non travaillées. Le mot « mi-temps » induit en erreur, car la loi ne fixe aucune quotité. Selon ameli, vous pouvez travailler aussi bien à 20 % qu’à 80 % de votre temps habituel, et ce ratio peut bouger en cours de route : 50 % pendant deux mois, puis 70 %, puis retour à temps plein.
Service-public.gouv.fr retient deux situations qui ouvrent le droit. Soit la reprise et le travail effectué sont reconnus comme de nature à favoriser l’amélioration de votre état de santé. Soit vous devez suivre une rééducation ou une réadaptation professionnelle pour retrouver un emploi compatible avec votre état.
Depuis le 1er janvier 2019, plus besoin d’avoir été en arrêt indemnisé à temps complet juste avant. Ce changement reste largement ignoré, alors qu’il ouvre des possibilités concrètes. Un salarié atteint d’une maladie chronique, qui travaille encore à temps plein mais s’épuise, peut demander à passer directement en temps partiel thérapeutique. Celui qui a repris à temps complet et constate qu’il ne tient pas peut revoir son médecin et le médecin du travail pour réduire ses horaires.
Le dispositif n’est pas réservé aux maladies graves ni aux affections de longue durée. Toute pathologie est concernée, y compris les suites d’un accident de la vie privée.
| Dispositif | Qui décide | Revenu pendant la période |
|---|---|---|
| Temps partiel thérapeutique | Médecin traitant, employeur, médecin du travail, médecin-conseil | Salaire au prorata + indemnités journalières |
| Temps partiel classique | Accord salarié et employeur | Salaire au prorata seulement |
| Aménagement de poste sans réduction d’horaire | Médecin du travail, employeur | Salaire plein |
| Invalidité catégorie 1 | Médecin-conseil | Salaire éventuel + pension d’invalidité |
La dernière ligne n’est pas là par hasard. Quand l’état de santé se stabilise sans permettre un retour à temps plein, le temps partiel thérapeutique n’a plus vocation à durer, et c’est souvent une pension d’invalidité qui prend le relais. Notre guide sur l’invalidité de catégorie 1, 2 et 3 détaille les montants et les conditions de chaque catégorie.
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Médecin traitant et employeur : les deux premiers feux verts
Quatre acteurs doivent dire oui. Si l’un bloque, vous n’avez pas d’indemnités, ou pas de poste aménagé.
Tout part d’une prescription de reprise à temps partiel pour motif thérapeutique. Pour ouvrir droit aux indemnités, ameli précise qu’elle doit venir de votre médecin traitant. Elle indique la quotité recommandée et la durée envisagée. Comme pour un arrêt de travail, les volets 1 et 2 partent à la CPAM et le volet 3 à l’employeur, dans les 48 heures pour un document papier ; le plus souvent, le médecin les télétransmet.
Vient ensuite l’employeur, et c’est là que beaucoup de salariés tombent des nues : il n’est pas obligé d’accepter. Selon ameli, il peut refuser s’il juge le temps partiel thérapeutique incompatible avec le fonctionnement de l’entreprise. Le refus doit reposer sur un motif réel, pas sur une préférence.
Dans les faits, la discussion se poursuit alors avec le médecin du travail, dont les préconisations pèsent lourd. Un employeur qui les écarte sans justification s’expose à un contentieux. S’il accepte, il établit une attestation de son accord de principe, que la CPAM peut demander.
Rien n’impose de répartition dans la semaine. Trois matinées, deux journées complètes ou cinq après-midi : tout se négocie entre vous, l’employeur et le médecin du travail. Mieux vaut arriver à cet échange avec une idée précise de ce que vous pouvez tenir.
Médecin du travail et médecin-conseil : les deux autres
L’employeur organise une visite de reprise auprès du service de prévention et de santé au travail. Le médecin du travail vérifie que le poste, avec la quotité prévue, est compatible avec votre état. Il peut formuler des préconisations : pas de port de charges, pas de travail de nuit, télétravail partiel, heures regroupées sur certains jours.
Après un arrêt d’au moins 60 jours pour une maladie non professionnelle, cette visite est de toute façon obligatoire, au plus tard dans les 8 jours suivant le retour. Le bon réflexe consiste à demander une visite de préreprise pendant l’arrêt, justement pour préparer le temps partiel.
Dernier feu vert, et le plus décisif pour votre budget : le médecin-conseil de la CPAM. Les indemnités journalières ne sont versées qu’après un avis favorable du service médical. Le médecin-conseil peut juger le dispositif injustifié, ou l’accepter pour une durée plus courte que celle prescrite. Si vous êtes convoqué, venez avec un dossier médical à jour ; les conseils de notre guide du médecin-conseil CPAM s’appliquent tels quels. Une décision défavorable se conteste dans un délai de deux mois, devant la commission indiquée dans le courrier.
L’ordre compte. Démarrer le temps partiel avant l’avis du médecin-conseil, c’est risquer de travailler à mi-temps payé à mi-temps, sans indemnité, pendant plusieurs semaines.
Gardez une copie de chaque pièce : prescription, attestation d’accord de l’employeur, avis du médecin du travail, notification de la CPAM. Ce sont elles qu’on vous demandera en cas de litige sur les indemnités ou le salaire, et c’est aussi ce que réclamera votre organisme de prévoyance pour déclencher un complément.
Combien vous toucherez chaque mois
Votre revenu a deux étages. L’employeur paie le salaire des heures effectivement travaillées. La CPAM verse des indemnités journalières pour compenser une partie de la différence.
Ces indemnités se calculent comme pour un arrêt maladie classique. Le salaire journalier de base correspond au total des trois derniers salaires bruts avant l’arrêt, divisé par 91,25, et l’indemnité vaut 50 % de ce montant. Le salaire retenu est plafonné à 1,4 fois le Smic, soit 2 613,82 € bruts par mois en 2026, ce qui porte l’indemnité maximale à 42,97 € bruts par jour. Pour les arrêts commencés avant le 1er avril 2025, l’ancien plafond de 1,8 Smic continue de s’appliquer. Notre article sur le calcul des indemnités journalières en 2026 reprend la méthode avec ses cas particuliers.
En temps partiel thérapeutique, un second plafond s’ajoute : l’indemnité ne peut pas dépasser la perte de rémunération journalière causée par la réduction d’horaire. Vous ne pouvez pas gagner plus en temps partiel qu’à temps plein.
Prenons un salaire de 2 400 € bruts par mois, repris à 50 %. L’employeur verse 1 200 € bruts. Le salaire journalier de base vaut 2 400 × 3 / 91,25 = 78,90 €, d’où une indemnité de 39,45 € par jour. La perte de rémunération journalière, 1 200 × 12 / 365, tombe elle aussi à environ 39,45 €. Sur 30 jours, les indemnités atteignent environ 1 183 € bruts, pour un revenu total d’environ 2 383 € bruts : presque le salaire à temps plein.
À 70 %, le calcul change. L’employeur verse 1 680 €, la perte n’est plus que de 720 € par mois, soit environ 23,67 € par jour, et c’est ce second plafond qui s’applique. L’indemnité mensuelle descend vers 710 €, pour un total proche de 2 390 €.
Avec un salaire élevé, c’est le premier plafond qui mord. Au-delà de 2 613,82 € de salaire mensuel, l’indemnité reste bloquée à 42,97 € par jour, et le revenu total baisse d’autant plus que la quotité travaillée est faible. Le calculateur ci-dessous applique les deux plafonds à votre propre situation.
Deux précautions avant de vous fier au résultat. Ces montants sont bruts : l’indemnité journalière supporte la CSG et la CRDS, et elle est imposable, sauf pour une affection de longue durée exonérante. Et le calcul part des salaires antérieurs à l’arrêt initial, pas de votre salaire actuel : une augmentation obtenue entre-temps ne compte pas.
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Le temps partiel thérapeutique sert à se réadapter à l’effort, pas à installer un statut durable. Ameli rappelle que sa durée dépend de l’évolution de l’état de santé, qui doit permettre une reprise à temps complet, et qu’elle est évaluée par le médecin-conseil en lien avec le médecin traitant. Service-public.gouv.fr indique une durée maximale de versement des indemnités de quatre ans. Ce plafond n’est presque jamais atteint : la prescription est renouvelée par périodes, et chaque renouvellement peut être réexaminé.
Trois issues sont possibles. Si vous récupérez suffisamment, vous retrouvez votre poste à temps complet, avec un salaire plein et la fin des indemnités. Si votre état se stabilise avec une capacité réduite, une demande de pension d’invalidité, souvent en catégorie 1, permet de cumuler un salaire partiel et une pension. Si le poste reste incompatible avec votre état, le médecin du travail oriente vers un aménagement, un reclassement ou une inaptitude, et le revenu dépend alors de la solution retenue.
Le signal d’alerte à connaître : quand le médecin-conseil constate que votre état est stabilisé et que le temps partiel n’apporte plus d’amélioration, il peut couper les indemnités, même si votre médecin traitant prolonge la prescription. Parlez d’invalidité avec votre médecin avant que la question ne s’impose, car la procédure prend plusieurs semaines.
Pendant toute la période, vous restez soumis aux obligations d’un salarié indemnisé. La CPAM peut contrôler la justification médicale du dispositif, et tout changement de quotité passe par une nouvelle prescription. Travailler plus que prévu, même pour dépanner un collègue, expose à devoir rembourser des indemnités.
Prévoyance, employeur, crédit : les compléments à vérifier
Le revenu calculé plus haut est celui de la Sécurité sociale. D’autres étages peuvent s’y ajouter, ou manquer à l’appel.
Commencez par l’employeur. L’obligation légale de maintien de salaire, comme la plupart des conventions collectives, vise l’arrêt de travail total. Pendant le temps partiel thérapeutique, vous travaillez, donc l’employeur paie les heures travaillées et rien de plus, sauf si votre convention collective ou un accord d’entreprise prévoit expressément un complément. Posez la question au service paie avant de démarrer, pas après la première fiche de paie.
La prévoyance, collective ou individuelle, est le vrai point de bascule. Certains contrats indemnisent le temps partiel thérapeutique, souvent pour garantir un pourcentage du salaire antérieur, Sécurité sociale comprise. D’autres ne couvrent que l’incapacité totale, et leurs versements s’arrêtent le jour de la reprise, même partielle. Cherchez dans la notice les mots « temps partiel thérapeutique », « reprise à temps partiel » ou « incapacité partielle ». Notre article sur la prévoyance en cas d’arrêt maladie passe en revue les formules les plus courantes.
Pour un travailleur indépendant, l’enjeu est encore plus fort. Les indemnités du régime de base sont modestes, c’est le contrat de prévoyance qui fait la différence, et beaucoup de contrats individuels ne couvrent l’incapacité partielle qu’au-delà d’un certain taux fixé par expertise.
Côté retraite, les heures travaillées génèrent des droits comme n’importe quel temps partiel, et les indemnités journalières permettent de valider des trimestres selon les règles des périodes de maladie indemnisées. Pour les congés payés et l’ancienneté, tout dépend du Code du travail et de votre convention collective, dont les règles ont évolué ces dernières années pour la maladie : faites le point avec les ressources humaines ou un représentant du personnel.
Si vous remboursez un crédit immobilier, relisez enfin l’assurance emprunteur. La garantie incapacité temporaire de travail prévoit parfois une prise en charge partielle pendant un temps partiel thérapeutique, parfois aucune, et c’est la définition du contrat qui décide, pas la CPAM.