« Vos dépôts sont garantis jusqu’à 100 000 euros. » La phrase figure en petits caractères sur les relevés, et presque personne ne sait ce qu’elle recouvre exactement. Par compte ? Par banque ? Le Livret A est-il dedans ? Et les actions du PEA ?
Ces questions ne sont pas théoriques : elles déterminent comment répartir son épargne, et la réponse comporte trois plafonds différents et une garantie qui ne relève même pas du fonds. Voici le périmètre réel, les exceptions qui montent à 500 000 euros, et le seul contresens à ne pas commettre.
Par déposant et par établissement, jamais par compte
C’est la règle qui commande tout le reste. Le plafond de 100 000 euros s’apprécie par personne et par établissement, tous comptes confondus.
Concrètement : un compte courant de 15 000 euros, un compte à terme de 60 000 euros et un PEL de 40 000 euros dans la même banque totalisent 115 000 euros, dont 100 000 seront garantis. Les 15 000 restants deviendraient une créance ordinaire sur l’établissement en liquidation.
Deux nuances importantes jouent en votre faveur :
- Le compte joint compte double. Chaque cotitulaire est considéré comme un déposant distinct : un compte joint entre deux personnes est couvert à hauteur de 200 000 euros, chacun bénéficiant de son propre plafond.
- Les marques d’un même groupe partagent le plafond. Le plafond s’applique par établissement agréé, non par enseigne commerciale. Deux banques en ligne adossées au même agrément ne multiplient pas la protection — vérification qui prend deux minutes sur les registres publiés par l’ACPR, et qui change tout pour une épargne importante.
Ce qui est couvert, et par quelle garantie
Le fonds gère plusieurs mécanismes, et d’autres dispositifs coexistent à côté. Un même patrimoine peut donc relever de trois régimes distincts.
| Ce que vous détenez | Garantie applicable | Plafond |
|---|---|---|
| Comptes courants, livrets bancaires, comptes à terme, PEL | Garantie des dépôts | 100 000 € par déposant et par banque |
| Livret A, LDDS, LEP | Garantie de l’État, distincte | Plafond propre, non imputé sur les 100 000 € |
| Actions, obligations, parts de fonds sur compte-titres ou PEA | Garantie des titres | 70 000 €, en cas de non-restitution des titres |
| Somme exceptionnelle encaissée depuis moins de trois mois | Garantie renforcée | 500 000 € |
| Assurance vie | Fonds de garantie des assurances de personnes | 70 000 € par assureur, dispositif distinct |
Le cas des livrets réglementés mérite d’être souligné, car il est méconnu et avantageux : le Livret A, le LDDS et le LEP bénéficient d’une garantie de l’État distincte, qui ne vient pas s’imputer sur les 100 000 euros. Une personne détenant un Livret A au plafond et 100 000 euros sur d’autres comptes dans la même banque est donc couverte pour l’ensemble.
Le cas des titres appelle l’inverse : une vigilance. Vos actions, obligations et parts de fonds ne sont pas des dépôts. Elles vous appartiennent, l’établissement n’en est que le conservateur. La garantie de 70 000 euros ne joue que dans l’hypothèse où il serait incapable de les restituer — un cas de fraude ou de défaillance de la conservation, pas de baisse des marchés.
Les dépôts exceptionnels : jusqu'à 500 000 euros
C’est la disposition la plus utile et la plus ignorée. Le législateur a considéré qu’il serait injuste de plafonner à 100 000 euros une somme que le déposant n’a pas eu matériellement le temps de placer ailleurs.
Un dépôt est qualifié d’exceptionnel et temporaire lorsqu’il est encaissé moins de trois mois avant la défaillance et qu’il provient d’un événement identifiable :
- la vente d’un bien immobilier à usage d’habitation ;
- une succession ou une donation ;
- une indemnité versée à la suite d’un dommage ;
- une indemnité de rupture du contrat de travail ou de départ à la retraite.
Le plafond passe alors à 500 000 euros, et en cas de pluralité d’événements — une vente immobilière et une succession la même année — il s’applique séparément à chaque somme concernée. Il faut évidemment pouvoir en justifier l’origine : conservez l’acte notarié, l’attestation de succession ou le solde de tout compte.
Sept jours, et aucune démarche à faire
Le mécanisme est conçu pour être rapide et automatique, précisément parce qu’un ménage privé de moyens de paiement ne peut pas attendre.
Lorsque l’ACPR constate l’indisponibilité des dépôts, le fonds indemnise dans un délai maximal de sept jours ouvrables. Il travaille à partir des fichiers clients de l’établissement défaillant : vous n’avez aucun formulaire à remplir, aucune demande à formuler, aucun justificatif à produire pour la garantie de base.
Cette automaticité a un corollaire pratique à connaître : toute sollicitation vous demandant des frais, des identifiants ou un virement pour « débloquer » ou « accélérer » votre indemnisation est frauduleuse. Les périodes de tension bancaire sont des périodes d’escroqueries, et le mode opératoire est toujours le même.
Seuls les dépôts exceptionnels demandent une démarche, puisque leur origine doit être justifiée — d’où l’importance de conserver les pièces au moment de l’encaissement, et non de les chercher après.
Trois réflexes de répartition
Vérifiez l’agrément, pas l’enseigne. Les registres publiés par l’ACPR indiquent quelle entité est agréée derrière chaque marque commerciale. Deux offres différentes adossées au même agrément partagent un seul plafond de 100 000 euros.
Au-delà de 100 000 euros, ouvrez ailleurs. C’est le seul levier réellement à votre main, et il ne coûte rien. La même logique s’applique à l’assurance vie, avec un plafond distinct de 70 000 euros par assureur — sujet détaillé dans notre article sur la défaillance d’un assureur.
Ne confondez jamais garantie et performance. Aucun de ces dispositifs ne compense une moins-value. Ils couvrent la disparition de l’intermédiaire, pas la variation de la valeur de vos actifs. Les placements présentés comme « garantis par le fonds de garantie » alors qu’ils portent sur des actifs de marché relèvent de l’argument commercial trompeur, et méritent un signalement.
Ce qu’il faut retenir. Cent mille euros par personne et par banque, deux cent mille sur un compte joint, cinq cent mille pour une somme exceptionnelle encaissée récemment, et les livrets réglementés en dehors du décompte. L’indemnisation est automatique en sept jours ouvrables. Le reste est une affaire de répartition — et de vérification de l’agrément qui se cache derrière l’enseigne.