LAMal ou CMU pour un frontalier en Suisse : comment choisir en 2026
Vous prenez un emploi en Suisse en habitant en France : vous avez trois mois pour choisir entre l’assurance maladie suisse, la LAMal, et l’assurance maladie française, que l’on appelle encore couramment « CMU frontalier ». Ce choix est irrévocable. Ce guide présente les règles officielles et la méthode pour comparer les deux options sur votre propre situation.
L’essentiel
- Le droit d’option s’exerce dans les 3 mois qui suivent la prise d’activité en Suisse. Sans démarche, vous êtes affilié à la LAMal.
- Le choix est irrévocable : il ne peut être revu que dans des cas limités, comme une reprise d’activité après une période de chômage ou le passage à la retraite.
- Option française : cotisation de 8 % de votre revenu fiscal de référence, après un abattement égal à 25 % du plafond annuel de la Sécurité sociale.
- Option suisse : une prime par personne, indépendante du revenu, plus une franchise annuelle et une participation de 10 % aux frais, plafonnée.
- Accidents du travail, invalidité et perte de gain relèvent de la Suisse dans les deux cas.
LAMal ou assurance maladie française : le comparatif
| Critère | LAMal (Suisse) | Assurance maladie française |
|---|---|---|
| Calcul du coût | Prime mensuelle par personne, fixée par l’assureur, sans lien avec le revenu | 8 % du revenu fiscal de référence du foyer, après abattement de 25 % du plafond de la Sécurité sociale |
| Reste à charge de base | Franchise annuelle (300 CHF au minimum pour un adulte) puis participation de 10 %, plafonnée à 700 CHF par an pour un adulte et 350 CHF pour un enfant | Ticket modérateur, forfait hospitalier, dépassements d’honoraires |
| Soins en France | Pris en charge par la CPAM aux conditions françaises, avec le formulaire S1 | Pris en charge comme pour tout assuré |
| Soins en Suisse | Pris en charge aux conditions suisses | Soins médicalement nécessaires avec la carte européenne ; soins programmés soumis à accord préalable |
| Famille | Une prime par personne, enfants compris | Les membres du foyer sans activité sont couverts sans cotisation supplémentaire |
| Évolution du coût | Suit les primes fixées chaque année par les assureurs | Suit le revenu fiscal du foyer |
Calculer le coût de l’option française
La cotisation est calculée par le centre national des travailleurs frontaliers en Suisse de l’Urssaf. Sa base n’est pas votre salaire brut, mais le revenu fiscal de référence de votre foyer, tel qu’il figure sur votre avis d’imposition, diminué d’un abattement forfaitaire égal à 25 % du plafond annuel de la Sécurité sociale. Le taux est de 8 %.
Avec un plafond de 48 060 € en 2026, l’abattement représente environ 12 000 €. À titre d’ordre de grandeur :
| Revenu fiscal de référence du foyer | Base après abattement | Cotisation annuelle estimée |
|---|---|---|
| 40 000 € | 27 985 € | environ 2 240 € |
| 60 000 € | 47 985 € | environ 3 840 € |
| 80 000 € | 67 985 € | environ 5 440 € |
| 100 000 € | 87 985 € | environ 7 040 € |
Trois points à retenir. La cotisation est calculée sur les revenus d’une année antérieure, que vous devez déclarer chaque année à l’Urssaf ; sans déclaration, elle est calculée d’office sur une base forfaitaire très élevée. Le revenu fiscal de référence inclut tous les revenus du foyer, pas seulement le salaire suisse. Enfin, la cotisation n’est pas plafonnée : elle augmente avec vos revenus.
Calculer le coût de l’option suisse
La prime LAMal dépend de l’assureur, du modèle d’assurance et de l’âge, pas du revenu. Pour chiffrer cette option :
- demandez à plusieurs assureurs suisses leur prime pour frontalier, pour chaque membre du foyer à assurer ;
- multipliez par douze et additionnez les primes de toute la famille ;
- ajoutez la franchise annuelle et la participation de 10 %, dans la limite de son plafond, pour une année avec des soins ;
- convertissez en euros avec un taux de change prudent.
Ajoutez dans les deux cas le coût d’une complémentaire santé : voir notre guide de la mutuelle du frontalier en Suisse.
Comment arbitrer
- Revenus du foyer modestes ou moyens : l’option française, proportionnelle au revenu, est souvent moins chère.
- Revenus élevés : la cotisation française n’étant pas plafonnée, la LAMal devient compétitive à partir d’un certain niveau, que seul votre calcul permet de situer.
- Famille avec enfants et un seul salaire : en Suisse, chaque personne paie sa prime ; en France, les membres du foyer sans activité sont couverts sans cotisation supplémentaire.
- Soins réguliers en Suisse : la LAMal y donne un accès complet, l’option française un accès limité.
- Évolution de carrière : faites le calcul avec votre revenu probable dans cinq et dix ans, puisque le choix ne pourra pas être revu.
Il n’existe pas de seuil de revenu valable pour tout le monde : le résultat dépend de la composition du foyer, des autres revenus et des primes obtenues. Méfiez-vous des règles toutes faites.
Exercer son droit d’option
- Dans les 3 mois suivant votre prise d’activité en Suisse, complétez le formulaire « Choix du système d’assurance maladie ».
- Si vous choisissez la France, faites compléter le formulaire par la CPAM de votre lieu de résidence, puis transmettez-le à l’autorité suisse compétente pour être exempté de la LAMal.
- Si vous choisissez la Suisse, souscrivez auprès d’un assureur suisse, demandez-lui le formulaire S1 et remettez-le à votre CPAM pour ouvrir vos droits aux soins en France.
- Conservez une preuve de la date d’envoi : passé le délai, l’affiliation en Suisse est obligatoire.
Questions fréquentes
Peut-on changer d’option après un mariage ou une naissance ?
Non. Le droit d’option ne s’exerce qu’une fois et il est irrévocable. Seuls certains changements de situation professionnelle ouvrent une nouvelle possibilité de choix, par exemple une reprise d’activité en Suisse après une période de chômage, ou un changement de statut comme le passage à la retraite.
Que se passe-t-il sans démarche dans les 3 mois ?
Vous êtes obligatoirement affilié à l’assurance maladie suisse.
Mon conjoint qui travaille en France est-il concerné ?
Non. Un conjoint qui exerce une activité en France reste assuré à ce titre auprès de l’assurance maladie française.
Pourquoi parle-t-on encore de « CMU frontalier » ?
Par habitude. La couverture maladie universelle a été remplacée ; il s’agit aujourd’hui d’une affiliation au régime général de l’assurance maladie, avec une cotisation spécifique recouvrée par l’Urssaf.
Qui paie mon arrêt de travail si j’ai choisi la France ?
Le régime suisse. Les accidents du travail, les maladies professionnelles, l’invalidité et la perte de gain relèvent de la Suisse quel que soit votre choix : voir notre guide de la prévoyance du frontalier en Suisse.
Sources
- Travailleur frontalier suisse : droits et prise en charge, Assurance maladie
- Travailleurs frontaliers en Suisse : déclarer vos revenus, Urssaf
- Droit d’option des frontaliers France-Suisse, Cleiss
- Le régime suisse de sécurité sociale, Cleiss
Les montants de cotisation sont des ordres de grandeur calculés avec le plafond de la Sécurité sociale 2026. Cette page ne remplace pas une simulation personnalisée : faites valider votre choix par votre CPAM et l’Urssaf avant l’échéance des trois mois. Voir aussi notre page d’ensemble sur les assurances des frontaliers et notre guide de la fiscalité du frontalier.