Anatocisme : comprendre la capitalisation des intérêts en finance

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L’univers de la finance et du droit recèle des mécanismes puissants, parfois méconnus du grand public, mais dont l’impact sur une dette ou un investissement peut se révéler colossal. Parmi ces notions techniques, l’anatocisme occupe une place prépondérante. Souvent perçu comme un terme barbare réservé aux initiés, il désigne pourtant une réalité simple : la capacité des intérêts à générer eux-mêmes de nouveaux intérêts. En 2025, dans un contexte économique où la gestion précise du capital financier est cruciale pour les entreprises comme pour les particuliers, comprendre ce mécanisme devient indispensable. Qu’il s’agisse de protéger son patrimoine ou de maîtriser le coût d’un contentieux, la capitalisation des intérêts transforme radicalement la physionomie d’une créance sur le long terme. Ce levier, encadré strictement par le Code civil, ne s’applique pas de manière automatique et requiert une vigilance particulière quant à ses conditions de mise en œuvre. Plongée au cœur d’un dispositif qui fait « boule de neige » sur les sommes dues.

En bref : l’essentiel sur la capitalisation des intérêts

Pour saisir rapidement les enjeux de ce mécanisme financier et juridique, voici les points clés à retenir concernant l’application et les effets de l’anatocisme :

  • 📈 Définition : L’anatocisme est le processus par lequel les intérêts échus d’une dette sont intégrés au capital pour produire à leur tour des intérêts.
  • ⚖️ Cadre légal : En France, ce principe est régi par l’article 1343-2 du Code civil (anciennement 1154), imposant des règles strictes de validité.
  • 🗓️ Condition de durée : Pour être capitalisables, les intérêts doivent être dus pour une année entière au minimum en matière civile.
  • 📝 Formalisme : La capitalisation nécessite soit une décision de justice, soit une clause conventionnelle spécifique prévue au contrat.
  • 🌍 Variantes : Les règles diffèrent sensiblement en matière commerciale (capitalisation trimestrielle possible) ou selon les juridictions (Suisse, Québec).
  • 💰 Impact : Ce mécanisme augmente significativement le coût total de la dette pour le débiteur et le rendement financier pour le créancier.

L’anatocisme : définition et fondements de la mécanique financière

L’anatocisme, terme issu des racines grecques ana (encore une fois) et tokos (revenu ou gain), désigne juridiquement la capitalisation des intérêts. Pour l’expliquer simplement, il s’agit du moment où les intérêts d’une somme d’argent, qui ne sont pas payés à leur échéance, s’ajoutent au capital initial. Dès cet instant, ce nouveau total (capital initial + intérêts impayés) devient la nouvelle base de calcul des intérêts. C’est le principe même des intérêts composés appliqué aux dettes ou aux obligations financières. Ce mécanisme s’oppose à l’intérêt simple, où les intérêts ne sont calculés que sur le capital d’origine, quel que soit le temps écoulé. En finance, c’est un outil puissant qui permet d’accélérer la croissance d’une somme due, ce qui peut être un avantage considérable pour le créancier, mais un piège redoutable pour le débiteur mal informé.

Il est essentiel de distinguer l’anatocisme des autres formes de majorations. Contrairement à une pénalité forfaitaire, l’anatocisme est un processus dynamique. Il dépend directement du taux d’intérêt et de la durée de placement ou de retard. Plus le temps passe sans règlement, plus la base de calcul grossit, créant un effet exponentiel. C’est pourquoi ce mécanisme est souvent qualifié de « double peine » pour celui qui doit de l’argent, car il paie des intérêts sur des intérêts qu’il n’a pas pu régler. Toutefois, cette pratique n’est pas une invention moderne destinée à pénaliser les emprunteurs actuels ; elle trouve ses racines dans l’histoire du droit romain et a traversé les siècles en s’adaptant aux économies modernes.

Voici un tableau comparatif illustrant la différence fondamentale entre les deux modes de calcul sur une période de 3 ans pour un capital de 10 000 € à 10 % :

Année Intérêt Simple (Non capitalisé) Calcul Anatocisme (Capitalisé) 🧮 Différence Cumulée
Année 1 1 000 € 1 000 € (Capital devient 11 000 €) 0 €
Année 2 1 000 € 1 100 € (10% de 11 000 €) + 100 €
Année 3 1 000 € 1 210 € (10% de 12 100 €) + 310 €
Total Intérêts 3 000 € 3 310 € + 10,33 %

Au-delà de l’aspect mathématique, l’anatocisme répond à une logique économique : l’argent a une valeur temporelle. Lorsqu’un créancier ne perçoit pas ses intérêts, il subit un manque à gagner, car il ne peut pas réinvestir cette somme. La capitalisation vient compenser cette perte d’opportunité en traitant les intérêts échus comme un nouveau prêt accordé au débiteur.

Les caractéristiques principales de l’anatocisme sont les suivantes :

  • 🔗 Intégration : Les intérêts perdent leur nature d’accessoire pour devenir du capital.
  • 🔄 Récurrence : Le phénomène se répète à chaque période définie (annuelle, trimestrielle).
  • ⚖️ Légalité : Ce n’est pas une pratique usuraire si elle respecte les conditions légales.
  • 📝 Contractualisation : Souvent prévue dans les contrats de prêt bancaire ou demandée lors de litiges.

Le régime juridique en droit français : de l’article 1154 à 1343-2

En France, le législateur a toujours porté un regard attentif sur la capitalisation des intérêts pour éviter les abus qui pourraient conduire à la ruine des débiteurs. Historiquement, c’était l’article 1154 du Code civil qui régissait cette pratique. Ce texte ancien posait déjà les bases : les intérêts ne pouvaient produire des intérêts que s’ils étaient dus pour au moins une année entière. Cette règle visait à protéger l’emprunteur contre une croissance trop rapide et incontrôlée de sa dette. Cependant, avec la réforme du droit des contrats et des obligations initiée par l’ordonnance du 10 février 2016, le paysage législatif a évolué pour gagner en clarté et en modernité.

Depuis cette réforme, c’est l’article 1343-2 du Code civil qui encadre l’anatocisme. Le texte dispose désormais : « Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l’a prévu ou si une décision de justice le précise. » Si la formulation a été simplifiée, l’esprit de la loi demeure : protéger le débiteur tout en assurant au créancier une juste rémunération de son capital immobilisé. La réforme a surtout permis de consolider la jurisprudence existante en l’inscrivant directement dans le marbre de la loi, rendant le droit plus accessible aux citoyens et aux professionnels de la finance.

Il est crucial de noter que le passage de l’ancien article 1154 au nouvel article 1343-2 n’a pas modifié la condition de l’annualité pour les matières civiles. Le législateur français maintient cette barrière temporelle comme un garde-fou essentiel. Cela signifie qu’il est interdit, dans un contrat civil (entre particuliers par exemple), de prévoir une capitalisation mensuelle ou hebdomadaire des intérêts, ce qui s’apparenterait à de l’usure. Cette protection est une spécificité forte du droit français par rapport à d’autres systèmes juridiques plus libéraux.

Voici les évolutions notables et les points de stabilité entre l’ancien et le nouveau régime :

Caractéristique Ancien Art. 1154 (Avant 2016) Nouvel Art. 1343-2 (Après 2016)
Fondement Code Civil (Napoléonien) Ordonnance 2016-131
Condition de durée Année entière obligatoire Année entière obligatoire (inchangé)
Source Demande judiciaire ou convention spéciale Contrat ou décision de justice
Clarté Texte archaïque Formulation modernisée et directe ✨

Cette continuité législative montre que l’anatocisme est considéré comme un mécanisme sérieux, nécessitant un encadrement strict. Pour les juristes et les gestionnaires de contentieux, la maîtrise de l’article 1343-2 est indispensable pour rédiger des assignations valides ou pour défendre un débiteur contre des calculs erronés de la partie adverse. En 2025, la jurisprudence continue d’affiner l’interprétation de ce texte, notamment sur les points de départ des calculs.

  • 📜 L’ordonnance de 2016 a sécurisé les pratiques bancaires.
  • 🚫 L’ordre public : On ne peut pas déroger à ces règles dans un sens défavorable au débiteur non professionnel.
  • 🏦 Application : Concerne les prêts, mais aussi les condamnations judiciaires et les dommages-intérêts.

Les trois conditions cumulatives pour l’application de l’anatocisme

Pour que la capitalisation des intérêts soit juridiquement valable et produise ses effets, elle ne peut pas être simplement souhaitée par le créancier ; elle doit répondre à un cahier des charges précis. Le non-respect de l’une de ces conditions peut entraîner la nullité de la capitalisation, voire obliger le créancier à rembourser le trop-perçu. L’analyse de la jurisprudence et des textes (notamment l’article 1343-2) permet d’isoler trois conditions cumulatives, c’est-à-dire qu’elles doivent toutes être réunies simultanément.

La première condition concerne la nature des sommes : il doit s’agir d’intérêts échus. Le terme « échu » signifie que la dette d’intérêts doit être arrivée à son terme et être exigible. On ne peut pas capitaliser des intérêts futurs ou hypothétiques. Cependant, la Cour de cassation a fait preuve de souplesse en validant des demandes de capitalisation formulées avant l’échéance, à condition que la capitalisation ne prenne effet concrètement qu’une fois les intérêts effectivement dus. Cela permet aux avocats de formuler la demande dès l’introduction de l’instance, sans attendre un an de procédure.

La deuxième condition est temporelle : les intérêts doivent être dus pour une année entière. C’est la règle de l’annualité. Concrètement, on ne peut intégrer les intérêts au capital qu’au bout de 12 mois. Si un contrat prévoit une capitalisation mensuelle (hors compte courant professionnel), cette clause est réputée non écrite ou nulle. Cette règle vise à éviter l’asphyxie financière du débiteur. Par exemple, si des intérêts sont dus depuis 6 mois, ils ne peuvent pas encore produire eux-mêmes des intérêts selon le droit civil strict.

La troisième condition est formelle : l’anatocisme nécessite une demande judiciaire ou une convention spéciale.
* La demande judiciaire : Elle doit être explicite. Le juge ne peut pas deviner que le créancier souhaite la capitalisation ; elle doit être formulée dans les conclusions.
* La convention spéciale : C’est une clause insérée dans le contrat de prêt initial (souvent le cas pour les prêts immobiliers) qui prévoit que les intérêts impayés se capitaliseront automatiquement chaque année.

Ces exigences protègent le débiteur contre des pratiques opaques. Voici une liste détaillant les implications de ces conditions :

  • Annualité stricte : Une capitalisation sur 11 mois est illégale en matière civile.
  • ⚖️ Demande expresse : Une assignation en justice muette sur l’anatocisme ne déclenche pas le compteur de la capitalisation.
  • 🔄 Automatisme conditionnel : Même avec une clause contractuelle, la vérification de l’année entière reste impérative.
  • 💰 Types d’intérêts : Cela s’applique aux intérêts légaux, conventionnels et moratoires.
Condition Explication Pratique Risque si non respectée ⚠️
Intérêts échus La somme doit être exigible au jour du calcul. Rejet de la demande de calcul.
Année entière Accumulation nécessaire sur 12 mois consécutifs. Nullité de la clause de capitalisation.
Formalisme Clause écrite ou demande explicite au juge. Pas de capitalisation (retour à l’intérêt simple).

La distinction majeure : anatocisme civil vs anatocisme commercial

Si le droit civil impose la règle stricte de l’annualité, le monde des affaires obéit à des impératifs de rapidité et de fluidité des capitaux qui justifient des règles différentes. En droit commercial, et particulièrement pour les comptes courants professionnels débiteurs, l’anatocisme s’applique avec beaucoup plus de liberté. C’est une exception notable basée sur les usages bancaires et commerciaux, souvent qualifiée de coutume contra legem (contre la loi), bien que désormais admise et régulée par la jurisprudence spécifique.

Pour les professionnels et commerçants, la capitalisation peut s’opérer sur des périodes plus courtes, traditionnellement trimestrielles (tous les 3 mois) au lieu d’annuelles. Cette fréquence accrue de capitalisation accélère considérablement le coût du crédit ou du découvert bancaire. C’est une réalité que tout entrepreneur doit intégrer dans sa gestion de trésorerie : un découvert non comblé coûte beaucoup plus cher qu’un prêt classique en raison de cette capitalisation rapide des agios.

Cette distinction repose aujourd’hui davantage sur la qualité de professionnel du débiteur que sur le simple statut de commerçant. Les banques appliquent systématiquement cette capitalisation trimestrielle aux comptes professionnels. En revanche, pour un particulier, même si sa banque tentait d’appliquer une telle fréquence, la clause serait abusive et illégale au regard du Code de la consommation et du Code civil.

 

Simulateur de Capitalisation des Intérêts

Analysez l’effet de l’anatocisme : comparez le coût d’une dette en intérêts simples versus intérêts composés.

%

Le calcul « Intérêt simple » ignore la capitalisation.

Intérêts Simples
0 €
Coût de base
 
Intérêts Composés
0 €
Capitalisation
Surcoût (Anatocisme)
0 €
Montant « invisible »

Visualisation de l’écart

Dette totale (Intérêts Simples)
 
Dette totale (Avec Anatocisme)
 
 

 

Le saviez-vous ? L’anatocisme (la capitalisation des intérêts) n’est autorisé en France que sous condition : il doit être demandé officiellement et ne s’applique que sur des intérêts dus pour au moins une année entière (Article 1343-2 du Code civil).

Il est donc primordial de qualifier correctement la nature de la dette (civile ou commerciale) pour vérifier la légalité du calcul des intérêts réclamés. Voici les différences fondamentales :

  • 🏢 Droit Commercial : Usage de capitalisation trimestrielle (3 mois).
  • 🏠 Droit Civil : Règle impérative de capitalisation annuelle (12 mois).
  • 💼 Cible : Comptes courants professionnels, dettes entre commerçants.
  • 📈 Effet : L’effet boule de neige est 4 fois plus fréquent en commercial.
Critère Régime Civil (Particuliers) Régime Commercial (Pro)
Fréquence Annuelle (1 an) Souvent Trimestrielle (3 mois)
Fondement Art. 1343-2 Code civil Usages bancaires et jurisprudence
Condition Convention ou Justice Convention de compte courant
Coût final Élevé 😟 Très élevé 💸

Perspectives internationales : les exemples Suisse et Québécois

L’anatocisme n’est pas traité de manière uniforme à travers le monde. L’étude comparative avec nos voisins francophones, la Suisse et le Québec, révèle des philosophies juridiques distinctes qui peuvent influencer les contrats internationaux ou les litiges transfrontaliers. En 2025, avec la mobilité des capitaux, il est fréquent de se heurter à ces législations étrangères. Comprendre ces différences permet de mieux anticiper les coûts d’un litige à l’international.

En Suisse, le Code des obligations (CO) se montre particulièrement protecteur. Le principe général est l’interdiction de l’anatocisme, notamment en matière d’intérêts moratoires (art. 105 al. 3 CO) et pour les prêts à la consommation. Le législateur suisse considère que faire payer des intérêts sur des intérêts est une pratique dangereuse pour la stabilité financière des ménages. Toutefois, comme souvent en droit, il existe des exceptions, notamment dans le domaine commercial (compte courant, opérations de change) où les usages marchands reprennent le dessus, autorisant certaines formes de capitalisation.

Au Québec, le Code civil du Québec (CCQ) adopte une approche structurée via les articles 1618 à 1620. L’article 1620 pose une règle similaire au droit français : « Les intérêts échus des capitaux ne produisent eux-mêmes des intérêts que s’il existe une convention ou une loi à cet effet ou si, dans une action, de nouveaux intérêts sont expressément demandés. » Le Québec reconnaît donc l’anatocisme mais l’encadre strictement par la nécessité d’une convention ou d’une demande explicite en justice. De plus, le droit québécois prévoit des indemnités additionnelles spécifiques (art. 1619) qui viennent s’ajouter aux intérêts, complexifiant le calcul global de la dette.

Ces divergences montrent que la capitalisation des intérêts est un sujet sensible de politique législative. Voici un résumé des approches :

  • 🇨🇭 Suisse : Principe d’interdiction (sauf exceptions commerciales). Protection forte du débiteur.
  • 🇨🇦 Québec : Autorisation encadrée (similaire à la France), nécessite convention ou demande judiciaire.
  • 🌍 Impact : Attention à la loi applicable (« loi du contrat ») dans les litiges internationaux.
Juridiction Principe de base Texte de référence Niveau de protection débiteur
France 🇫🇷 Autorisé sous conditions (1 an) Art. 1343-2 C. civ. Modéré
Suisse 🇨🇭 Interdit (sauf exceptions) Art. 105 CO Élevé (Strict)
Québec 🇨🇦 Autorisé sur demande/contrat Art. 1620 CCQ Modéré

La mécanique mathématique : impact sur le rendement financier

Pour comprendre la puissance de l’anatocisme, il faut quitter le terrain du droit pour celui des mathématiques financières. La formule des intérêts composés est souvent qualifiée de « huitième merveille du monde » (une citation apocryphe attribuée à Einstein), tant son efficacité est redoutable sur la durée. Contrairement à la progression linéaire des intérêts simples, la courbe des intérêts composés est exponentielle. Cela signifie que la dette ne grandit pas à vitesse constante, mais qu’elle accélère année après année.

Prenons l’exemple d’un placement ou d’une dette de 100 000 € avec un taux d’intérêt de 5 %.
En intérêts simples, la somme produit 5 000 € par an. Au bout de 10 ans, le total des intérêts est de 50 000 €.
Avec l’anatocisme (capitalisation annuelle), la première année produit 5 000 €, qui s’ajoutent au capital. La deuxième année, le calcul se fait sur 105 000 €, produisant 5 250 € d’intérêts. Au bout de 10 ans, le total des intérêts n’est plus de 50 000 €, mais d’environ 62 889 €. L’écart de près de 13 000 € représente le « coût » pur de l’anatocisme sur cette période.

Cet impact est démultiplié par deux facteurs : le niveau du taux d’intérêt et la durée de placement. Plus le taux est élevé, plus la capitalisation est violente. Plus la durée est longue, plus l’écart avec l’intérêt simple se creuse de manière vertigineuse. Pour un investisseur, c’est le secret de la création de richesse à long terme. Pour un débiteur en défaut de paiement, c’est un mécanisme qui peut rendre une dette perpétuelle si les remboursements ne couvrent même pas les intérêts générés.

Voici les composants mathématiques clés qui influencent ce calcul :

  • 🔢 Fréquence de composition : Plus elle est élevée (annuelle vs mensuelle), plus le montant final est haut.
  • ⏱️ Horizon temporel : Les effets spectaculaires se voient surtout après 5 ou 10 ans.
  • 💸 Taux nominal : Base du calcul, chaque point de pourcentage compte doublement avec le temps.
Année Capital début période Intérêts (5%) Capital fin période (Anatocisme) 📈
1 100 000 € 5 000 € 105 000 €
5 121 550 € 6 077 € 127 628 €
10 155 132 € 7 756 € 162 889 €

Stratégie contentieuse : quand et comment demander la capitalisation ?

Pour les professionnels du droit et du recouvrement, l’anatocisme n’est pas qu’une théorie, c’est une arme procédurale. Cependant, comme toute arme, elle doit être maniée avec précision. L’erreur classique consiste à oublier de formuler la demande de capitalisation dans l’assignation initiale, ou à mal formuler la clause dans les conclusions. Le « manque à gagner » pour le client peut se chiffrer en milliers d’euros sur des dossiers longs.

Le moment stratégique est crucial. La jurisprudence (notamment Civ. 1, 19 déc. 2000) rappelle que les intérêts ne produisent effet qu’à compter de la demande en justice. Une simple mise en demeure par courrier recommandé, même si elle mentionne la volonté de capitaliser, est inefficace pour déclencher l’anatocisme au sens de l’article 1343-2 du Code civil. Seule l’acte introductif d’instance (l’assignation) ou des conclusions ultérieures figent le point de départ. Il est donc impératif pour un avocat de viser l’anatocisme dès l’introduction de l’instance.

De plus, la demande doit être claire et non équivoque. Une formulation vague du type « avec intérêts de droit » ne suffit pas à inclure la capitalisation. Il faut explicitement demander que « les intérêts échus produisent eux-mêmes des intérêts conformément à l’article 1343-2 du Code civil ». Si cette demande est faite tardivement, par exemple en appel, la capitalisation ne commencera à courir qu’à partir de cette nouvelle date, faisant perdre le bénéfice des années de procédure de première instance.

Voici les bonnes pratiques pour optimiser le recouvrement via l’anatocisme :

  • 📝 Rédaction précise : Toujours citer l’article 1343-2 dans les demandes.
  • 🚀 Précocité : Intégrer la demande dès le premier acte de procédure.
  • 🔄 Renouvellement inutile : Une fois la demande faite, elle vaut pour l’avenir, inutile de la refaire chaque année (la capitalisation devient automatique par décision du juge).
  • 👁️ Vigilance en défense : Vérifier si l’adversaire a bien formulé la demande avant d’accepter un décompte.
Action Efficacité pour Anatocisme Commentaire
Mise en demeure (Huissier/Lettre) ❌ Nulle Ne déclenche pas l’anatocisme (sauf clause contractuelle préexistante).
Assignation en justice ✅ Valide Point de départ officiel du calcul si demandé.
Conclusions en appel ✅ Valide (mais tardif) Ne rétroagit pas au début du procès. Perte de temps.

Analyse de la jurisprudence : le diable est dans les détails

La compréhension fine de l’anatocisme passe par l’étude des décisions de la Cour de cassation. Les juges ont, au fil des décennies, affiné les contours de ce mécanisme pour trancher les litiges où chaque partie tente de tirer la couverture à soi. En 2025, les principes posés par les arrêts fondateurs restent d’actualité et guident les praticiens.

Un point de contentieux fréquent concerne le point de départ du calcul. La Cour de cassation (Civ. 2, 3 juillet 1991) a clairement établi que les intérêts ne peuvent produire des intérêts qu’à dater de la demande judiciaire et pourvu qu’ils soient dus pour une année entière. Cela signifie que si vous demandez la capitalisation le 1er janvier, elle ne s’appliquera concrètement qu’au 1er janvier de l’année suivante sur les intérêts accumulés entre-temps. Cependant, l’arrêt confirme que la demande initiale « prend date » pour l’avenir.

Un autre aspect crucial est le sort des intérêts après le jugement. Une fois la condamnation prononcée, si le débiteur ne paie toujours pas, l’anatocisme continue-t-il ? La réponse est oui, tant que la demande en a été faite et validée par le juge. C’est ce qui permet à une dette de continuer à gonfler lors de l’exécution forcée, parfois des années après le procès. Par ailleurs, la jurisprudence commerciale (Com., 9 octobre 2019) a réaffirmé l’inaptitude d’une simple mise en demeure à déclencher la capitalisation en l’absence de convention spéciale, protégeant ainsi les débiteurs contre des majorations unilatérales hors procédure judiciaire.

Voici quelques décisions marquantes qui structurent la matière :

  • ⚖️ Civ. 1, 19 déc. 2000 : Confirme que sans convention, seule la demande en justice déclenche l’anatocisme.
  • ⚖️ Com., 20 oct. 1982 : Valide la capitalisation même si l’année n’est pas écoulée au jour de la demande, pourvu qu’elle le soit au jour de l’effet.
  • ⚖️ Arrêt Tupula Yamba (Québec) : Illustre l’application stricte des textes similaires dans les juridictions francophones.
Thème Jurisprudentiel Position de la Cour 🏛️ Conséquence pratique
Anticipation Validée On peut demander la capitalisation avant la fin de la première année d’intérêts.
Mise en demeure Rejetée Inutile pour l’anatocisme, ne sert que pour les intérêts moratoires simples.
Rétroactivité Refusée On ne peut pas capitaliser le passé si la demande n’avait pas été faite.

Quelle est la différence entre intérêt moratoire et anatocisme ?

L’intérêt moratoire est l’intérêt simple dû en cas de retard de paiement (généralement au taux légal). L’anatocisme est le mécanisme qui consiste à ajouter cet intérêt moratoire au capital pour qu’il produise lui-même de nouveaux intérêts.

L’anatocisme est-il automatique en cas de procès ?

Non, absolument pas. Le juge ne l’accorde jamais d’office. Il faut impérativement que le créancier (ou son avocat) le demande expressément dans ses conclusions ou dans l’assignation, en citant l’article 1343-2 du Code civil.

Peut-on capitaliser les intérêts tous les mois ?

En droit civil (prêt entre particuliers, crédit consommation classique), c’est interdit. La capitalisation doit être annuelle. En revanche, pour un compte courant professionnel débiteur, la capitalisation peut être trimestrielle, voire mensuelle selon les conventions bancaires.

Comment arrêter l’effet boule de neige de l’anatocisme ?

Le seul moyen efficace est de régler les intérêts échus dès que possible pour éviter qu’ils ne soient intégrés au capital. À défaut, il faut essayer de négocier un échéancier avec le créancier qui gèle temporairement la capitalisation, bien que cela soit rarement accepté sans contrepartie.

 

Photo de Kevin Grillot
Rédigé & vérifié par

Kevin Grillot

Diplômé BTS Assurance Fondateur aidebtsassurance.com Actif depuis 2019

Diplômé du BTS Assurance au lycée Nicolas Ledoux de Besançon, j'aide les étudiants à réviser et réussir leurs examens depuis 2019. Ce site regroupe tous mes cours, fiches et outils pour préparer le BTS Assurance.

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