Comment la guerre influence l’épargne des Français en 2026

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En 2025, le paysage financier français subit une mutation profonde sous l’effet des tensions géopolitiques persistantes. Alors que le budget de la Défense atteint désormais le seuil historique de 50 milliards d’euros, soit 2 % du PIB, le gouvernement explore activement des pistes pour mobiliser l’épargne privée des ménages, estimée à plus de 6 000 milliards d’euros. Cette situation inédite place les épargnants face à un dilemme complexe : sécuriser leurs avoirs dans un climat d’incertitude ou participer à l’effort national via des dispositifs potentiellement moins liquides. Les annonces récentes du président Emmanuel Macron et du ministre des Armées Sébastien Lecornu dessinent les contours d’une nouvelle ère où la guerre ne se joue pas seulement sur le terrain militaire, mais également dans la gestion patrimoniale de chaque citoyen.

En bref :

  • 💰 Mobilisation de l’épargne : L’État envisage de flécher une partie du Livret A et du LDDS vers l’industrie de la défense.
  • 🏦 Nouveaux produits : La création d’un « Livret Défense » ou le retour d’un grand emprunt national sont à l’étude.
  • 📈 Contexte inflationniste : L’inflation liée à l’économie de guerre érode le pouvoir d’achat, incitant à la prudence.
  • 🛡️ Stratégie patrimoniale : La diversification vers des actifs réels et la gestion fine des liquidités deviennent cruciales.
  • 🔮 Psychologie : Les Français adoptent un comportement de « fourmis », privilégiant l’épargne de précaution.

L’économie de guerre et la pression sur les finances publiques en 2025

L’année 2025 marque un tournant décisif dans la gestion des finances publiques françaises. La notion d’économie de guerre, autrefois concept théorique ou historique, est devenue une réalité tangible qui oriente désormais les décisions budgétaires de l’État. Avec un budget des armées porté à 50 milliards d’euros, l’effort financier est colossal. Il s’agit d’une augmentation de trois milliards par rapport à l’année précédente, une trajectoire ascendante initiée par les deux dernières lois de programmation militaire. Cette somme, bien que nécessaire pour assurer la souveraineté et la sécurité du territoire, pèse lourdement sur les comptes de la nation.

Le financement de cet effort ne peut reposer uniquement sur l’impôt, au risque d’étouffer une consommation déjà fragilisée par l’inflation. C’est dans ce contexte que le président de la République a évoqué, lors de son allocution du 5 mars 2025, la nécessité de renforcer l’indépendance nationale sans alourdir la fiscalité directe. La stratégie du gouvernement consiste donc à se tourner vers une ressource abondante mais privée : l’épargne des ménages. Cette manne financière, souvent qualifiée de « bas de laine », représente un potentiel de financement stratégique pour les industries de défense (BITD) qui peinent parfois à trouver des liquidités auprès des circuits bancaires traditionnels, souvent frileux à l’idée de financer l’armement pour des raisons de conformité RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).

L’enjeu est double : il faut trouver des capitaux rapidement pour moderniser l’équipement militaire et soutenir l’Ukraine, tout en évitant de déstabiliser le système financier interne. L’impact économique de ces décisions se fait déjà sentir. Les marchés observent avec attention les déclarations de Bercy, craignant que des mesures coercitives ne viennent remplacer l’incitation volontaire. Pour l’heure, le discours officiel se veut rassurant, prônant le volontariat et le patriotisme économique. Cependant, la frontière entre incitation et obligation pourrait s’amenuiser si les tensions internationales venaient à s’aggraver, transformant la gestion de l’épargne en un acte quasi-politique pour les Français.

Le fléchage du Livret A et du LDDS vers l’industrie de la défense

L’une des pistes les plus sérieuses étudiées par le gouvernement et le Parlement concerne la réorientation des fonds du Livret A et du Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS). Ces deux placements, chouchous des épargnants français en raison de leur sécurité et de leur défiscalisation, totalisaient plus de 414 milliards d’euros d’encours en 2024. L’idée, adoptée dans son principe par le Sénat, consiste à « flécher » une partie de ces sommes vers le financement des entreprises de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD). Concrètement, il s’agirait d’allouer entre 2 et 10 milliards d’euros de cette collecte à des prêts pour les PME et ETI du secteur militaire.

Cette mesure suscite cependant des débats houleux. Historiquement, le Livret A est destiné au financement du logement social et au renouvellement urbain. Le détournement, même partiel, de ces fonds vers l’industrie de l’armement inquiète certains acteurs du logement et des associations. De plus, la mise en œuvre technique est complexe. La Caisse des Dépôts et Consignations, qui centralise une grande partie de ces fonds, devrait revoir ses critères d’allocation. Pour l’épargnant, cela ne change rien en apparence : le capital reste garanti et les intérêts sont versés. C’est l’utilisation sous-jacente de l’argent qui évolue.

Il est intéressant de noter que le débat sur les caractéristiques techniques du livret réglementé revient souvent sur la table. Par exemple, les discussions sur la limite du Livret A et son plafond reviennent régulièrement dans l’actualité, car augmenter ce plafond permettrait de collecter davantage, mais exposerait aussi le système à plus de volatilité. Pour le moment, le gouvernement semble privilégier une utilisation plus stratégique des encours existants plutôt qu’une modification drastique des plafonds qui pourrait drainer l’épargne au détriment de la consommation ou de l’assurance-vie.

L’hypothèse d’un « Livret Défense » ou d’un emprunt national

Face aux limites du fléchage du Livret A, une autre option gagne du terrain : la création d’un produit d’épargne dédié, que l’on pourrait baptiser « Livret Défense », ou le lancement d’un grand emprunt national. Cette approche a l’avantage de la clarté. Elle fait appel directement au patriotisme des Français, leur proposant de financer volontairement l’effort de sécurité nationale. Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a explicitement mentionné ce souhait de mobiliser l’épargne de manière volontaire pour ceux qui souhaitent placer leur argent de façon « patriotique ».

L’emprunt national est un outil qui résonne avec l’histoire de France. Utilisé massivement lors de la Première Guerre mondiale, il permet à l’État de lever des fonds directement auprès des citoyens en échange d’un intérêt garanti et, souvent, d’avantages fiscaux. En 2025, un tel dispositif pourrait prendre la forme d’obligations souveraines accessibles aux particuliers. L’argumentaire reposerait sur la transparence : « Prêtez à la France pour sa défense ». Christian de Boissieu, économiste, souligne que cette transparence est vertueuse, car elle évite le sentiment de confiscation que pourrait engendrer une manipulation opaque des livrets existants.

Toutefois, le succès d’un tel produit dépendra de sa rémunération. Dans un contexte où les taux d’intérêt sont scrutés de près, l’État devra proposer un rendement attractif pour concurrencer les produits bancaires classiques, sans pour autant alourdir excessivement la charge de la dette publique. De plus, la liquidité est un frein majeur. Contrairement à un livret où l’argent est disponible instantanément, un emprunt obligataire ou un compte à terme bloque les fonds pour une durée déterminée. Or, en période d’incertitude, les ménages privilégient la disponibilité immédiate de leur épargne.

Les défis pour le secteur bancaire et les assureurs

La mobilisation de l’épargne pour la guerre ne se fait pas sans heurts du côté des distributeurs financiers. Les banques, intermédiaires naturels de ces produits, se montrent prudentes. Comme le souligne le député Christophe Plassard, créer, marketer et distribuer un nouveau produit financier prend du temps. Il y a une inertie technique et commerciale incompressible. De plus, les banques doivent jongler avec leurs propres contraintes de bilan et de liquidité. Si l’épargne fuit les dépôts bancaires classiques pour aller vers des produits d’État, cela pourrait réduire la capacité des banques à prêter à l’économie réelle (immobilier, entreprises).

Certains établissements tirent toutefois leur épingle du jeu dans ce contexte volatile. On observe par exemple que le Crédit Agricole voit son chiffre d’affaires évoluer en fonction de sa capacité à capter cette épargne de précaution et à proposer des investissements diversifiés. Les assureurs, quant à eux, s’inquiètent d’une décollecte sur les fonds en euros de l’assurance-vie, qui détiennent déjà une grande partie de la dette française. Si les Français arbitrent massivement vers un « Livret Défense » mieux rémunéré, l’équilibre des compagnies d’assurance pourrait être fragilisé.

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Photo de Kevin Grillot
Rédigé & vérifié par

Kevin Grillot

Diplômé BTS Assurance Fondateur aidebtsassurance.com Actif depuis 2019

Diplômé du BTS Assurance au lycée Nicolas Ledoux de Besançon, j'aide les étudiants à réviser et réussir leurs examens depuis 2019. Ce site regroupe tous mes cours, fiches et outils pour préparer le BTS Assurance.

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