Infiltration par la toiture : ce que l’assurance habitation paie, et ce qu’elle refuse

Partager
5 jours ouvrés
délai minimal, à compter de la découverte du sinistre, pour déclarer un dégât des eaux à son assureur habitation
Source
5 000 € HT
plafond de dommages matériels par local en deçà duquel la convention IRSI organise la gestion d'un dégât des eaux en immeuble, depuis le 1er juin 2018
Source
10 ans
durée de la garantie décennale du constructeur à compter de la réception des travaux, pour les dommages qui rendent l'ouvrage impropre à sa destination
Source
Kevin Grillot
Kevin Grillot
Fondateur et responsable éditorial
Diplômé du BTS Assurance en 2018 et formé deux ans en cabinet de courtage, j’ai créé Aide BTS Assurance en 2019. Je rédige et vérifie les contenus du site à partir de sources officielles.

Une auréole au plafond après une nuit de pluie, une goutte qui tombe dans le couloir, un papier peint qui cloque sous les combles. Vous appelez votre assureur, et la réponse tombe souvent en deux temps : il veut bien payer le plafond, mais pas le toit. Parfois, il ne veut rien payer du tout, au motif que la toiture était mal entretenue.

L’assurance habitation indemnise les conséquences d’une infiltration accidentelle, jamais sa cause. Tout le reste en découle.

Dégâts intérieurs oui, toiture non : la logique de la garantie

La garantie dégât des eaux figure dans la quasi-totalité des contrats multirisques habitation. Les infiltrations au travers des toitures font partie de son socle, au même titre que l’engorgement et le débordement des gouttières et des chéneaux, comme le rappelle la fiche pratique de l’Institut national de la consommation.

Encore faut-il que l’eau soit entrée à la suite d’un événement soudain et accidentel. La fiche officielle sur l’assurance dégâts des eaux cite la forte pluie ou la tempête, et précise que ces infiltrations sont généralement exclues lorsqu’elles viennent d’un manque d’entretien ou de la vétusté. Une tuile qui bouge un soir d’orage, c’est un accident. Un toit qui prend l’eau depuis trois hivers parce que les ardoises se délitent, c’est de l’usure.

Quand l’accident est établi, l’assureur prend en charge ce que l’eau a abîmé : plafonds, murs, peintures, papiers peints, parquet, isolation trempée, mobilier, électroménager, parfois les frais de séchage. La plupart des contrats excluent en revanche les frais de réparation du bien à l’origine du dommage. La tuile cassée, le solin décollé, la noue rouillée ou la membrane percée restent donc pour le propriétaire.

Une exception change tout. Si le toit a été endommagé par un événement lui-même garanti (vent violent, grêle, poids de la neige), c’est cette garantie-là qui paie sa remise en état, et les dégâts causés par la pluie qui s’engouffre ensuite sont couverts au même titre, à condition que l’eau soit entrée dans les heures suivant l’événement et non plusieurs jours après. Les seuils de vent et les justificatifs sont détaillés dans notre article sur la garantie tempête, grêle et neige.

Pourquoi les dossiers sont refusés

Le défaut d’entretien arrive très loin devant. Gouttières bouchées, mousse épaisse, solins jamais repris, tuiles fendues visibles depuis la rue : pour l’assureur, le sinistre était prévisible. La vétusté suit de près, avec la même idée : une toiture en fin de vie qui laisse passer l’eau n’a rien d’accidentel.

Viennent ensuite les infiltrations lentes. Une trace ancienne, jaunie, avec des moisissures installées sera qualifiée de progressive, alors qu’un plafond encore humide plaide pour l’accident. La condensation sous les tuiles d’un comble mal ventilé, l’humidité ambiante et la porosité d’un vieux mur ne sont pas des dégâts des eaux au sens du contrat. Les remontées capillaires et les eaux de ruissellement non plus : le ruissellement peut relever de la garantie catastrophes naturelles si un arrêté est publié, ou d’une garantie inondation si le contrat en prévoit une.

Face au défaut d’entretien, la meilleure parade est une facture de démoussage ou de révision de toiture datée de moins de deux ou trois ans. Sans elle, tout repose sur la preuve que l’eau est entrée à la suite d’un événement identifiable : la date d’une forte pluie ou d’un coup de vent relevée sur les bulletins de Météo-France, une tuile retrouvée au sol, un rapport de couvreur qui décrit une pièce déplacée ou cassée. Demandez au couvreur d’indiquer l’origine constatée, la date probable et l’état général de la couverture. Une formule vague du type « toiture fatiguée » sert la thèse de la vétusté, et c’est le piège classique.

Quand l’origine n’est pas visible, il faut la chercher : caméra thermique, test à la fumée, dépose de quelques tuiles ou d’un lambris. Ce coût peut être pris en charge, de plus en plus souvent, avec un plafond. Selon le contrat, elle est incluse en base ou en option.

🎯 Testez vos connaissances : Assurance habitation

🎯 Mini-quiz

Qui répare le toit : maison, location, copropriété, construction récente

L’assureur ne répare pas la toiture. Reste à savoir qui le fait, et la réponse dépend de votre situation.

Dans une maison dont vous êtes propriétaire, la toiture vous appartient et sa réparation vous incombe, sauf événement climatique garanti. Vous déclarez les dégâts intérieurs à votre propre assureur. Si un tiers est en cause, couvreur qui a mal reposé les tuiles ou voisin dont l’arbre a crevé la couverture, votre assureur vous indemnise puis se retourne contre lui.

Le locataire, lui, n’a pas à financer le toit. La loi du 6 juillet 1989 oblige le bailleur à entretenir les locaux en état de servir et à y faire toutes les réparations autres que locatives, et le Code civil, aux articles 1719 à 1721, va dans le même sens. Une seule réserve : le décret sur les réparations locatives met à la charge du locataire le dégorgement des gouttières, chéneaux et descentes d’eaux pluviales des parties extérieures dont il a l’usage exclusif. Une gouttière bouchée qui déborde dans la maison louée peut donc lui être reprochée. Le locataire déclare le sinistre à son assureur pour son mobilier et ses embellissements, et prévient le bailleur par écrit, en recommandé s’il le faut.

En copropriété

Sauf disposition contraire du règlement, la toiture d’un immeuble est une partie commune. Sa réparation est votée et financée par le syndicat des copropriétaires, au prorata des tantièmes, et c’est le syndic qui fait jouer l’assurance de l’immeuble. La loi de 1965 rend d’ailleurs le syndicat responsable des dommages causés aux copropriétaires par un défaut d’entretien des parties communes.

Pour les dégâts dans l’appartement, la convention IRSI répartit le travail entre compagnies. Depuis le 1er juin 2018, elle s’applique aux dégâts des eaux dont les dommages matériels ne dépassent pas 5 000 € hors taxes par local. L’assureur de l’occupant devient gestionnaire : il vérifie les faits, organise la recherche de fuite dans le local privatif (celle des parties communes revient à l’assureur de l’immeuble), chiffre les dommages et, jusqu’à 1 600 € HT, indemnise son assuré sans recours. Entre 1 600 et 5 000 € HT, une expertise pour compte commun répartit le coût selon un barème. Au-delà, retour au droit commun. Le détail est dans notre cours sur la convention IRSI.

Côté démarches, le copropriétaire déclare à son assureur, prévient le syndic par écrit pour qu’il déclare de son côté et envoie un couvreur, puis remplit avec lui un constat amiable dégât des eaux. Ce constat n’est pas obligatoire, mais il fixe les faits et fait gagner du temps.

Toiture de moins de dix ans

Là, le raisonnement bascule. L’article 1792 du Code civil rend le constructeur responsable, pendant dix ans après la réception, des dommages qui rendent l’ouvrage impropre à sa destination. Un toit qui ne protège plus de la pluie prive la maison de sa fonction première, et les tribunaux retiennent de longue date que des infiltrations généralisées ou récurrentes suffisent, même sans risque d’effondrement. Le couvreur doit reprendre l’ouvrage, et son assureur décennal paie la toiture comme les dégâts qu’elle a causés. Notre article sur les désordres couverts par la garantie décennale fait la différence avec un simple défaut esthétique.

Réclamer au couvreur suppose de le retrouver, parfois d’attendre un jugement. L’assurance dommages-ouvrage évite cette attente : elle préfinance la réparation des désordres de nature décennale sans recherche de responsabilité, puis se retourne contre les entreprises. L’assureur a 60 jours pour prendre position sur la garantie et 90 jours pour présenter une offre. Elle suit le bien en cas de vente, donc si vous avez acheté une maison récente, demandez les références du contrat au notaire ou au vendeur. Voir aussi notre article sur l’assurance dommages-ouvrage.

La première année, la garantie de parfait achèvement s’ajoute : l’entreprise doit reprendre tous les désordres signalés à la réception ou notifiés par écrit dans les douze mois, sans condition de gravité. Une infiltration apparue au premier hiver se règle donc par un recommandé au couvreur fixant un délai d’intervention. Dans tous ces cas, déclarez aussi le sinistre à votre assureur habitation, qui peut indemniser les dégâts intérieurs en attendant et exercer ensuite son recours.

Les bons réflexes, du premier seau à l’expertise

Commencez par limiter les dégâts, le contrat vous y oblige : bâche si c’est possible sans danger, seaux, meubles écartés, électricité coupée si l’eau approche des luminaires. Une bâche posée en urgence par un couvreur est généralement remboursable. Photographiez ensuite le plafond, les coulures, la tuile déplacée vue du sol, le mobilier atteint, avant tout nettoyage.

La déclaration doit partir dans les 5 jours ouvrés suivant la découverte, avec une trace écrite. Joignez-y le devis du couvreur, même si la toiture reste à votre charge, puisqu’il prouve la cause, la date et l’ampleur, ainsi que vos factures d’entretien. Sauf urgence, attendez l’accord de l’assureur ou le passage de l’expert avant de refaire les plafonds. À l’expertise, soyez présent et faites noter au rapport la cause accidentelle constatée par le couvreur.

L’indemnité est calculée en valeur au jour du sinistre. Sur les embellissements, l’expert déduit un coefficient de vétusté selon l’âge et l’état des revêtements : une peinture de dix ans peut être amortie de moitié, voire davantage. Une garantie valeur à neuf neutralise tout ou partie de cette déduction. La franchise est ensuite retenue. Quand un tiers est responsable, copropriété ou constructeur, franchise et vétusté peuvent lui être réclamées, puisque la victime a droit à la réparation intégrale de son préjudice.

En cas de refus pour défaut d’entretien ou vétusté, demandez par écrit la clause exacte et les constatations qui la fondent. C’est à l’assureur de prouver que l’exclusion s’applique, et elle doit être rédigée en caractères apparents pour vous être opposable. Si le désaccord porte sur le montant, vous pouvez mandater votre propre expert : notre article sur la contre-expertise d’assurance détaille la procédure. Après une réclamation écrite restée sans suite, la médiation de l’assurance est gratuite. Gardez en tête que l’action en justice se prescrit par deux ans à compter du sinistre.

Questions fréquentes

L'infiltration par la façade est-elle couverte comme celle par la toiture ?

Pas forcément. Selon les contrats, les infiltrations par les façades, les menuiseries, les terrasses ou les balcons sont exclues, couvertes pour certains dommages seulement, ou couvertes moyennant une option. Lisez la définition de la garantie dégât des eaux dans vos conditions générales avant de compter dessus.

L'assureur applique 40 % de vétusté sur mes peintures : est-ce contestable ?

Oui, dans une certaine mesure. Le coefficient dépend de l'âge et de l'état des revêtements, selon un barème propre à chaque expert : demandez le détail du calcul, produisez les factures récentes de peinture et, si le désaccord persiste, passez par une contre-expertise.

Une petite auréole sur une maison neuve relève-t-elle de la décennale ?

Pas toujours : une auréole isolée, sans conséquence sur l'habitabilité, peut ne pas atteindre le seuil de l'impropriété à la destination. La première année, la garantie de parfait achèvement s'applique alors sans condition de gravité.

Sources & références

  1. Assurance dégâts des eaux — Service-Public.fr
  2. L'assurance dégâts des eaux (fiche pratique J 80) — Institut national de la consommation
  3. Les conventions de règlement des sinistres entre assureurs (fiche pratique J 315) — Institut national de la consommation
  4. Garantie décennale des constructeurs — Service-Public.fr
  5. Assurance habitation : le règlement d'un dégât des eaux — France Assureurs
  6. Code des assurances : articles L113-2 (déclaration du sinistre), L114-1 (prescription) et L242-1 (assurance dommages-ouvrage) — Légifrance

Les garanties, exclusions, plafonds et coefficients de vétusté cités sont des usages de marché : seules les conditions générales et particulières de votre contrat font foi. Les règles issues du Code civil, de la loi du 6 juillet 1989, de la loi du 10 juillet 1965 et de la convention IRSI sont résumées et ne remplacent pas la lecture des textes.

🧭 Prochaine étape

⚠️ Information réglementaire. Ce contenu est publié à titre purement informatif et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni une incitation à investir. Investir comporte un risque de perte en capital et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Consultez un conseiller en investissement financier (CIF) agréé avant toute décision.
🔗 Transparence. Cette page peut contenir des liens affiliés : un achat effectué via ces liens peut nous rémunérer, sans coût supplémentaire pour vous. Cela n’influence pas notre analyse.
Photo de Kevin Grillot
Rédigé & vérifié par

Kevin Grillot

Diplômé BTS Assurance Fondateur aidebtsassurance.com Actif depuis 2019

Diplômé du BTS Assurance au lycée Claude-Nicolas Ledoux de Besançon, j'aide les étudiants à réviser et réussir leurs examens depuis 2019. Ce site regroupe tous mes cours, fiches et outils pour préparer le BTS Assurance.

Voir mon parcours complet
🎁 Quiz habitation offerts

Assurance habitation : testez ce que vous venez de lire

Garanties, exclusions, conventions, indemnisation : inscrivez-vous et recevez 1 quiz par jour, dont Assurance habitation, Franchises & garanties et Conventions IRSI.

Rejoins les étudiants qui révisent avec nous

Merci pour ces cours très intéressants ! Ça m’a énormément aidé pour mes révisions de dernière minute. David Dang

Je reçois mes quiz habitation 👇


Réseaux Sociaux

Des révisions dans ton feed 📱

Abonne-toi pour ne rater aucune astuce et réviser tes cours directement sur ton téléphone.

@aide_bts_assurance

Rappels de cours, méthodes et conseils de révision à retrouver sur Instagram.